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14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 11:54
santeuil.jpgIl faudrait partir de cette conception que se forme Proust de l’œuvre d’art comme lieu de réconciliation,  lieu où le sujet, dispersé entre des expériences hétérogènes de la vie, tente de se rassembler.
Il faudrait ensuite se rappeler que l’œuvre de Proust est restée inachevée.
Enfin, il faudrait garder à l’esprit le caractère inachevé des grandes œuvres du tournant du siècle passé : que, ou quoi achever ? Que saurions-nous réconcilier ?
Au sein d’une œuvre littéraire, le mot aurait pu se constituer comme la marque de la réconciliation de la chose dans le signe. Mais dans la Recherche, le narrateur consigne la faillite d’un régime que seule la narration soutient, littéralement, à bout de bras,  portant sans cesse secours au signe émis sans parvenir jamais à l’assurer.
Il n’y aurait eu en quelque sorte de salut que dans le procès mis en œuvre pour porter secours aux signes émis –l’écriture proustienne. Et son moteur : la mémoire involontaire (la madeleine), incarnant plus essentiellement encore l’instant de cette réconciliation tant attendue. Par elle, le narrateur semble retrouver un passé plus intact que n’aurait su le lui restituer la Raison. Arraché au Temps, propulsé dans un suspens, événement de l’éternel n’ouvrant sur rien, au moment où la sensation remonte en lui, Proust se voit d’un coup placé hors du périmètre de la connaissance de soi, abolie dans l’unité de la sensation où il s’est enfin éprouvé. Un court instant il fut, souverainement, rendu, déversé, reversé à lui-même. Mais cette madeleine miraculeuse –au sens où il faut être suffisamment dépossédé de soi pour accéder au miracle d’être soi- fit que seul le récit de l’événement pouvait conserver l’empreinte de ce quelque chose qu’on ne saurait retenir, mais dont il eut pourtant la certitude qu’elle fut : «Moi». La totalité égologique ne s’exprimerait ainsi vraiment que dans le moment qui suivrait son irruption, pour retomber aussitôt, avec la recognition de soi, dans les aléas du récit qu’il faut construire, l’effort de captation lucide de cette unité ne s’effectuant de fait qu’après-coup. Le mirage fut. Celui d’une totalité que l’on aurait attrapée in extremis. Peut-être pas celle de l’ego à bien y réfléchir. Autre chose. D’insurmontable, en soi. Car c’était détenir le passé sans avoir aucune prise sur lui. Et congédié de ce moment sublime, l’ego a regagné ses espaces d’expansion où, plus jamais, il ne retrouvera cette connaissance d’un genre si particulier –et qui ne sert à rien.
Est-ce en décollement que l’être avance ? Sur le fond vague d’un pressentiment que rien ne confirme jamais. Base ténue de l’exister : s’il y a un sujet, semble nous dire Proust, on le perd constamment de vue. Au moment où l’être semblait enfin accordé avec lui-même, c’est la vie qu’il désertait.
joël jégouzo--.

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