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28 juin 2013 5 28 /06 /juin /2013 04:24

ancien-regime.jpg  Le pays le plus peuplé d’Europe jouissait alors d’une situation particulièrement favorable, assurant aux rois de France la tranquillité financière (grâce aux levées d’impôts) et politique : le roi de France, roi très chrétien, ne tenait son autorité que de Dieu, ce qui le soustrayait au Pouvoir de Rome, et proclamé de fait Empereur en son royaume, il n’avait de compte à rendre qu’à lui-même et non au Saint Empire Romain Germanique. Riche, le pays l’était donc ; puissamment armé, le roi poursuivait sa longue marche vers le pouvoir absolu, mais ratait la grande affaire de l’époque : l’aventure océanique. Ce n’était pas faute pourtant d’enthousiasme : nombreux furent les français à prendre part individuellement à cette aventure, des régions entières finissant par se mobiliser pour courir la haute mer sans l’aide de l’Etat. Car ce dernier était plus intéressé à lever de nouveaux  impôts et centraliser toujours mieux le Pouvoir qu’à courir le risque de la mer. Pour une grande part, ce furent les protestants du royaume qui écrivirent la page française des Grandes Découvertes, contraints par les massacres dont ils furent les victimes. On les vit même tenter de fonder une utopie au Brésil, exterminée par les Espagnols dans la plus grande indifférence du roi de France. C’est que la France du XVIe siècle poursuivait un autre rêve : le rêve italien. Les portes de l’Orient, Venise, Naples, semblaient offertes à la convoitise de la noblesse française, tant la situation politique de l’Italie demeurait confuse. Le rêve italien, c’était alors celui de s’illustrer encore sur les champs de bataille, c’était le rêve impérial de la monarchie française, pressée d’imposer cette monarchie universelle qu’elle pensait avoir inventée pour le meilleur du monde occidental. Mais l’Italie, c’était surtout le cauchemar d’un pays complexé, qui voyait bien l’avance qu’elle prenait dans les affaires de l’Esprit, où sa culture rayonnait outrageusement. Or la grande affaire du XVIe siècle français ne fut pas la culture, mais les guerres de religion… Moins la compétition des idées, malgré François 1er, que les massacres de civils, dans lesquels le pouvoir d’Etat se plongea corps et âme, entrevoyant dans son action de répression le moyen d’affirmer encore sa domination. Il est vraiment intéressant, de ce point de vue de voir comment ce Pouvoir s’est comporté au cours de cette période, inaugurant des solutions qui aujourd’hui encore nous poursuivent !

 massacres-enfants.jpgLe premier acte des rois de France fut de considérer la Réforme comme une hérésie, dans un pays où, malgré tous ses efforts et ceux de l’Eglise, les identités religieuses restaient désespérément mobiles, labiles, fluctuantes. Les réformés reprochaient aux catholiques de Mal croire. Il y avait de quoi : l’Eglise avait beaucoup bâti la foi sur des rituels et des superstitions qu’elle multipliait à l’excès. Nombreux étaient les croyants qui voulaient revenir aux Ecritures, remettre le Christ au cœur de la religion et se défaire de toutes les médiations, célestes ou humaines, que l’on avait élevées autour d’eux. De forts débats secouaient la communauté des chrétiens, autour de l’idée de Liberté, ou de Dignité de l’Homme. Les thèses de Luther, dans ce contexte, ne séduisaient pas : son absolue méfiance de l’homme heurtait. A Erasme qui promouvait l’idée du self arbitre, Luther opposait partout son tragique serf arbitre. Or Erasme, bien que critique, demeurait catholique. La France des réformés pris plutôt le partie de Calvin, qui prêchait alors une théorie de la prédestination beaucoup plus satisfaisante : qu’est-ce qui peut m’assurer le salut ? Mes actes. Exit la grande peur agitée par l’Eglise de l’époque, celle du Jugement Dernier où siégeait un Dieu intransigeant, dur et sans amour. Bientôt nos réformés s’enhardirent. Vint l’Affaire des Placards : ils remettaient en cause la Messe, que l’on avait fini par enraciner dans le pays. C’en était trop pour les catholiques, tout comme pour la monarchie, d’autant que les réformés se mirent à développer des idées par trop séditieuses : partout dans le pays ils animaient des débats au cours desquels ils revendiquaient leur droit à la Résistance, étendant même dangereusement son principe à tout sujet inquiet de sa situation personnelle dans le royaume. Ils fondèrent philosophiquement ce droit, appelèrent au soulèvement général, prônèrent une violence pédagogique (lutter pied à pied contre les décrets de l’Eglise et reconfigurer les frontières entre le profane et le sacré), une violence d’espérance humaniste, de résistance civique…

St_Barthelemy-catherine.jpgAlors partout se leva face à cette violence protestante la grande violence catholique, encouragée par la monarchie. Les catholiques étaient alors traversés par l’idée de l’imminence de la fin du monde. Le combat contre les réformés résonnèrent dans leurs esprits comme celui du combat final du Bien contre le Mal… Leur violence devint sanctifiante, rituelle, de «purification», libérant des tréfonds de leur vie les frustrations les plus redoutables. Dès lors, tous les hérétiques devaient être exterminés. Sans discernement. Une violence archétypale fut déchaînée, avec la bénédiction des plus hautes autorités, tant religieuses que laïcs. Une violence punitive tournée contre les hommes, les femmes, les enfants : il s’agissait de débarrasser l’humanité de la souillure des corps protestants… Violence de possession divine, aveugle, qui conduisit non pas à un massacre, celui de la fameuse nuit, mais à d’innombrables massacres que la mémoire collective n’a pas voulu retenir. Une violence telle, qu’elle devint rapidement pénitentielle, faisant retour contre les catholiques eux-mêmes, pour distinguer parmi eux les bons des hésitants… Une violence qui se retourna bientôt contre les politiques, qui brusquement voyaient leur échapper l’aveuglement de tout un peuple et croyait pouvoir y mettre un terme. Une violence qui déborda de toute part, s’en prenant bientôt à toutes les formes de tolérance civique qui risquaient de se faire jour dans ces discours de plus en plus nombreux qui en dénonçaient les excès. Il faut aussi, ici, rappeler le poids des grandes rivalités seigneuriales, profitant de l’aubaine d’un pays déstabilisé pour alimenter ces haines et fomenter leurs règlements de compte sordides, les Montmorency, les Guise, les Bourbons, mettant à feu et à sang le pays pour s’éliminer les unes les autres, à la plus grande joie du roi de France qui y vit l’occasion de les voir s’affaiblir assez pour leur ravir ce Pouvoir Absolu qu’il convoitait tant. Il faut comprendre ce rôle joué par ce pouvoir de plus en plus central, qui compris très vite l’intérêt de criminaliser le délit d’opinion religieuse. Le mauvais croyant devenait un mauvais sujet. Toute prédiction devenait un crime et les tribunaux royaux, non la juridiction de l’Eglise, procédèrent eux-mêmes aux persécutions des réformés, multipliant les exécutions publiques et pratiquant ce que l’on nommait alors le Coup d’Etat : l’exécution précédent la sentence ! Des tribunaux d’exception en quelque sorte, que l’on ouvrit partout. Allant même, la nuit qui précéda la Saint Barthélémy, jusqu’à donner l’ordre d’exécuter les leaders réformés ! Le roi devenait un tyran, l’absolutisme français prenait forme, l’arbitraire était sa règle. A un point tel que dans l’Eglise catholique elle-même des voix se firent entendre. Celles des jésuites, celles des dominicains, que cet arbitraire inquiétait. Les régicides de l’époque furent du reste catholiques. La répression achevée, la fronde menaçant, les rois cherchèrent une sortie laissant indemne la nature de cette nouvelle domination qu’ils avaient su mettre en place. Avant l’Edit de Nantes, de nombreux autres édits furent tentés, tout comme des actes de Concorde. Le roi assujettit d’abord la noblesse en instituant un système de cour compliqué pour la diviser efficacement. Aux réformés, il finit par proposer une entente articulée par l’idée de tolérance civile. L’idée était belle, qui reconnaissait la liberté de conscience et de culte. L’heure vint de signer le fameux Edit de Nantes, conçu par la Monarchie comme provisoire, comme une machine faite pour restaurer son ordre et permettre à l’Eglise de reconquérir les âmes égarées. Une tolérance, on le voit, provisoire, quant aux yeux des réformés elle passait pour définitive…

 

LA FRANCE DE L’ANCIEN RÉGIME (XVIE ET XVIIE SIÈCLES), UN COURS PARTICULIER DE JEAN-MARIE LE GALL, HISTOIRE DE FRANCE - LA COLLECTION FRÉMEAUX / PUF, 4 CD-rom.

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Published by texte critique - dans essais
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