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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 04:38

 

kershaw-copie-1.jpgBerlin, avril 45. Hitler visite les caves de sa nouvelle chancellerie et rêve devant la maquette que lui a construit l’architecte Hermann Giesler, de sa ville chérie, Linz, telle qu’elle devra surgir à la fin de la guerre, victorieuse.

Allemagne, année zéro. Une fin dans l’horreur. Inédite dans l’histoire mondiale, où les vaincus sont toujours parvenus à négocier leur reddition. Une fin dans la haine, de destructions sans précédent, de pertes en vies humaines effroyables, pour satisfaire l’hystérie de la terreur nazie.

Jusqu’au dernier moment, jusqu’à la dernière heure, les ordres sont donnés, transmis, exécutés. Les enfants montent au front. Leurs soldes sont versées, le courrier est acheminé, les bourses aux étudiants étrangers servies. Berlin, 1945. La radio fonctionne, les tribunaux jugent, l’administration se préoccupe de la santé des citoyens. Le 12 avril, quatre jours avant la victoire des Russes, l’orchestre philharmonique donne son dernier concert. Au programme, Wagner, le Crépuscule des dieux…La dernière semaine de l’agonie du régime nazi, le Bayern de Munich signe une victoire triomphale.

La guerre était perdue. On le savait depuis 44. Mais la machine gouvernementale fonctionna jusqu’à la dernière minute.

Quelles structures de pouvoir et de mentalités permettent une telle débauche de folie meurtrière ? Le régime nazi volait en éclat pièce par pièce, mais il tenait. On ne comptait plus le nombre de désertion dans l’armée, mais la Wehrmacht combattait. Et la police et les SS veillaient. Nuit et jour. Pour infliger aux parias de l’Allemagne nazie l’horreur la plus extrême, le régime poursuivant jusqu’au bout sa politique de terreur, de destruction , de meurtre, d‘anéantissement, jusqu’à l’implosion autodestructrices du commandement nazi. L’escalade des brutalités fut même exorbitant. Il n’est que de donner l’exemple des marches de la mort. Parfaitement inutiles, pas même conçues pour répondre à on ne savait quel plan, mais exécutées en gesticulations vaines et insensées, témoignant uniquement de la capacité du régime nazi à conserver intacte sa capacité meurtrière. La dévastation. L’horreur.

Les nazis ? Des fanatiques. Certes. Désespérés. certes. Une population qui, certes, vivait sous la coupe d’une terreur d’Etat sans précédent. Mais cela n’explique pas le zèle des fonctionnaires à faire tourner la machine.

Pourquoi le peuple allemand ne s’est-il pas soulevé contre un régime qui le conduisait à sa perte ?, s’interroge Ian Kershaw. Le cadre interprétatif du totalitarisme n’explique pas tout.

Parce que la société allemande a plutôt vécu en accord avec le régime nazi et que sa légitimité demeurait intacte ? Ce n’est pas une explication suffisante non plus aux yeux de l’historien.

Reste la question du Chef charismatique, Hitler. Tenant seul dans ses mains un pouvoir devenu quasiment magique. Sa personne est cruciale, explique Kershaw, pour comprendre une telle fin. Encore faut-il comprendre la structure charismatique du pouvoir mis en place par Hitler, cette chaîne de commandement qui faisait que la cour du Führer était un système de pouvoir qui avait confisqué tout autant la souveraineté du peuple que celui des institutions politiques, et où chaque subalterne était lige de son supérieur, qui lui-même ne tenait son pouvoir que de son chef. Aucune rationalité politique dans ce circuit.

Et sans doute faut-il aussi comprendre que le peuple allemand, conscient de la fin du régime nazi, avait plus à perdre à se révolter qu’à attendre sa fin, vivant dans l’anxiété plutôt que dans la rébellion.

Reste le problème de la routine administrative, la logique de cette machine, si parfaitement huilée par l’Allemagne nazie, et dont la rationalité ne traite pas de réalités mais de conformités. C’est cette logique de conformité qui permettra le monstrueux fonctionnement de l’administration de Vichy, envoyant sans état d’âme ses propres enfants dans les camps d’extermination, soucieuse, uniquement, du bon déroulement administratif des opérations…

  

 

 

La fin : Allemagne 1944-1945, de Ian Kershaw, traduction de Pierre-Emmanuel Dauzat, Seuil, coll. Histoire, août 2012, 665 pages, 26 euros, ean : 978-2020803014.

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Published by texte critique - dans essais
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