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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 09:24

 

Jsoula-ballade.jpgohnny Cash est mort. On passe à la radio On the Evening Train. Derrière son poste soudain un homme se rappelle. Sa femme, son gosse, sa guitare remisée, la dérive qui a suivi leur disparition. Jusqu’à sa mort falsifiée.

On the Evening Train. Le regard d’un fils à son père, au loin le train emportant le cercueil de sa mère.

Il se rappelle Johnny Cash. Le morceau l’arrache à sa torpeur, exilée au fin fond de l’Europe. Il se rappelle qu’un jour il a eu soixante ans. C’était quand au juste ? La musique depuis si longtemps sortie de sa vie. Johnny Cash mort à présent. Mais le morceau l’interpelle. On the Evening Train. Rejouer. Rejouer On the Evening Train aussi bien. Rejouer passe par là.

Il publie une petite annonce. Une jeune femme répond, vient vivre sous son toit. Non pas avec lui, mais pour l’accompagner dans sa quête d’un retour, sa quête du son juste, du rythme. Rejouer. Peut-on faire le chemin à rebours ? Ils essaient, cherchent, mais lui se rend bien compte que ce qu’il manque désormais à la musique qu’il veut jouer, c’est lui-même. Les jours passent, les saisons, qui égrènent le récit. Etre libre ou heureux…, il cherche un son du passé comme une arche perdue, finit par prendre un billet d’avion et débarque aux States avec la fille. Saisi d’un coup par tous les souvenirs qui lui montent à la gorge, navrants la plupart du temps, certains autres heureux cependant, comme ce moment de musique avec un pote au fond d’un parc public : juste le plaisir d’être présent au son, au rythme, à la musique, loin du grand paquetage médiatique. Elle, le découvre, l’observe, se raconte. La narration tourne, va-et-vient de l’un à l’autre, erre et nous trimballe, tour à tour lui, la jeune femme, deux voix accordées délivrant au passage des pages très intimes sur ce que pourrait être ce vouloir-vivre-la-musique vrillé au fond de leur être.

L’été aux States donc, les saisons tournent, ils cheminent sur la route de Saint Louis, ses rues à l’abandon dans cette Amérique placardée en grand sur les panneaux publicitaires des bords d’autoroute. Lui est mal à l’aise : revient-on jamais ? Il se rappelle ce qu’il a été, le succès, l’argent facile, les femmes qu’il a enfermées dans la nuit de sa chair. Le Tenessee à fleur de route. Tupelo. Les bruits de la rivière et Memphis dont il approche à reculons. Voilà. C’était là. Union Avenue puis les studios. Le type qui a cru en lui, la bague de Rebecca et la gourmette de son fils Ethan, dans sa poche. La narration vagabonde, s’épelle en lui, en elle, l’automne arrive, un cycle prend fin. Il se rappelle alors Nixon, la grande clôture des années rebelles, et nous dépose devant Dylan avant de s’en aller cette fois en vrai. "Je crois qu’il y a des choses qui nous sont données qu’une fois". Il part pour n’importe où, sort du récit tandis que la jeune fille qui l’a accompagné se passe, monte, se charrie là où il s’est absenté. Superbe ballade que ce récit tout entier dédié à la musique devant les nécessités de laquelle s’efface toute forfanterie. Jazz, soul, blues, rock et folk, où toucher au plus vrai.

 

 

La Dernière ballade, Denis Soula, Editions Autrement, Collection : Littératures, 8 mai 2009, 79 pages, 12 euros, ISBN-13: 978-2746713000.

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