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3 mars 2014 1 03 /03 /mars /2014 05:10

 

Financiarisation.jpgThelonious K. Lecinsky observait, dans son essai Democracy and Conspiracy , publié en 2010, que les démocraties occidentales, au fond, loin de combattre la mafia, la laissait au contraire croître, car les flux d’argent que le crime organisé reversait dans les secteurs clefs de l’économie libérale (banques, pétrole, armement, immobilier) permettaient à cette économie de survivre à ses crises. L’accumulation du capital mafieux trouvait ainsi, à ses yeux, sa justification dans ces systèmes complexes que ces démocraties avaient mis en place, de confiscation du pouvoir populaire par l’intermédiaire du droit législatif et procédural. De la poudre aux yeux que ce droit législatif, destinée à camoufler le vrai horizon de la logique néo-libérale, qui est la seule accumulation de Capital. Une accumulation qui a changé de nature ces dernières années. De vitesse plutôt, car dès la fin des Trente Glorieuses, le Capital sonnait déjà le glas des sociétés civiles. L’accumulation avait été telle, qu’il ne trouvait plus de lieux où s’investir : la société n’était pas assez riche, investir dans la santé, l’industrie ou les services ne pouvait suffire à résorber l’immense richesse dégagée. Alors l’argent des riches trouva d’autres lieux où garantir sa croissance démesurée. Avec pour la France, par exemple, la complicité des socialistes dans les années 80, qui furent les premiers à «libérer» les marchés financiers pour permettre aux banques d’inventer les formes arithmétiques de gains colossaux. Les groupes de pression s’organisèrent, lobbies multiples, intellectuels, politiques, économiques, qui ne visaient qu’à aider le Capital à concentrer ses intérêts sur le court terme, au mépris du développement du Bien Commun. Des flux de richesses colossales furent ainsi détournés de la société réelle vers le secteur financier, provoquant l’appauvrissement généralisé des économies -et de la citoyenneté, ne l’oublions jamais. Des milliers de milliards de dollars envolés, désertant brusquement le commerce et l’industrie, la financiarisation de l’économie leur faisant prendre le chemin de la spéculation financière et du vol des richesses naturelles du monde (aujourd’hui, le grand jeu est celui du rachat des terres cultivables à des fins de spéculation). Plutôt que la mondialisation, cet immense élan de destruction massive des économies mondiales conduisit d’abord à la désindustrialisation du monde occidental. Une désindustrialisation qui achevait en outre le grand rêve revanchard des capitalistes : écraser enfin, liquider les classes laborieuses, coupables désormais de s’accrocher aux piètres protections sociales qu’elles avaient gagnées… Les villes elles-mêmes durent se plier à leurs nouvelles exigences de gentrification. Les quartiers de la classe ouvrière furent transformés en ghettos, tandis qu’une élite sans foi ni loi développait ses produits financiers, dérivés de dérivés de dérivés de la vraie richesse. L’industrie financière était née, où l’argent se reproduisait comme par miracle. Des générations d'économistes et de politiciens nous ont enseigné depuis plus de trente ans que ce modèle, seul, devait nous sauver. Un modèle mathématique élégant, qui n’a cessé depuis de ruiner nos vies. Mais un modèle dont les conséquences politiques ont été considérables et qui s’est traduit par une démocratie entièrement vidée de son sens.

 

 

Thelonious K. Lecinsky, Democracy and Conspiracy, Samanthowatan University Press, 2010

 

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Published by texte critique - dans Politique
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