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2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 07:16

simone.jpgUn débat que ne referma pourtant pas la Loi votée en 1974, tant il paraissait aux participants de l’époque qu’il ne pouvait que rester ouvert au sein d’une société qui ne savait pas trouver les bonnes réponses aux questions qui lui étaient posées. Tout a été dit à ce sujet. Reste, à l’écoute des interventions, un malaise.

Pensé comme droit individuel de la femme, l’IVG prenait place dans une réflexion sur son statut au sein d’une société française en pleine déliquescence, attachée encore à une coutume qui prenait l’eau de toute part. La régulation des naissances, en replaçant d’autorité la femme au centre du débat, ne faisait ainsi que révéler les tranchées d’un univers politique au sein duquel le corps de la femme n’était discriminé qu’en termes de réceptacle biologique, matrice non citoyenne mise à disposition de la Nation pour porter les enfants dont la République avait besoin ! Moins recluse dans sa vocation à la maternité que repliée au fond d’entrailles confisquées, expulsée bien plutôt de cette maternité pour n’être que le contenant d’une résolution moins sociale que nationale, c’est du coup toute la symbolisation culturelle et politique d’une Nation trop vieille déjà que l’on voit à l’œuvre dans ce débat sur l’avortement, dévoilant brusquement à la société médusée le corps démembré de la femme, une cache en fait, aménagée pour accueillir la sanction masculine. Car si cette Loi tentait de parer au danger immédiat des 300 000 avortements clandestins pratiqués chaque année en France, dont bon nombre par ces fameuses faiseuses d’ange armées d’aiguilles à tricoter qui mettaient en danger la vie de centaine de milliers de femme chaque année, si cette Loi tentait de mettre fin en outre à une situation inique et hypocrite qui voyait les riches avorter dans des cliniques privées en Suisse, tandis que les pauvres mouraient entre des mains barbares, si cette Loi se voulait ainsi essentiellement humaine, elle ouvrait aussi une interrogation béante sur ses raisons d’être, à légiférer si tardivement et si incomplètement sur le statut de la femme au cœur d’une société profondément nationale-masculine…

Une société au sein de laquelle la femme ne disposait alors que d’un corps ramené à sa plus simple expression biologique, subissant parfois, littéralement, des maternités de sévices sans parvenir à offrir aux enfants portés le salut d’un amour réellement engagé. C’est cruellement et littéralement cela qui transparaît dans ces débats saturés de malentendus. Cela et l’entrée de la femme dans un univers conscient, ainsi que Lucien Neuwirth le pressent avec talent, au sein duquel elle pourrait enfin vivre des choix assumés, en parfaite égalité avec son compagnon. Au fond, s‘il fallait statuer sur la douloureuse question de l’avortement, ce dont on prit conscience, c’est qu’il aurait fallu depuis longtemps déjà légiférer sur la question de l’égalité réelle des sexes devant la Loi, dans un pays qui vivait encore, sur ce plan là, sous le registre de la coutume. Une Loi mal faite donc, ainsi qu’en témoigne la conscience du législateur d’alors, l’affirmant "provisoire" -ce qui n’est pas le moins troublant du point de vue du Droit et de ses conséquences politiques. Nul n’imaginait en effet qu’elle pouvait être définitive et la situation de la France d’aujourd’hui semble donner raison au législateur d’hier, quand notre pays se trouve toujours dans la fourchette haute des avortements pratiqués en Europe, l’avortement en France ayant fini par banaliser des conduites contraceptives ! Statuant sur l’exception, le législateur laissait ainsi en plan son chantier. Devinant sans doute que la question posée était bien plus profonde que celle du seul désir de maternité. --joël jégouzo--.





SIMONE VEIL - L'INTERRUPTION VOLONTAIRE DE GROSSESSE, DÉBATS HISTORIQUES - ASSEMBLÉE NATIONALE 1974. Direction artistique Lola Caul-Futy Frémeaux, Label FREMEAUX & ASSOCIES, 4 CD.

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Published by texte critique - dans Politique
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