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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 10:55

marek_hlasko.jpg"La ville dormait immobile, terrassée sous l’éclat tranchant des étoiles. (…)

- Et alors rien, dit-il. Je continuerai à vivre… La course au bonheur est terminée. Toujours sans objet, mais qui vaut quand même la peine qu’on y consacre sa vie. Ce n’est pas moi qui dit ça, c’est Stendhal…

"La journée qui venait de s’écouler avait, pendant des heures et des heures, torturé les maisons, les corps, les pavés et les arbres avec son ciel de métal fondu.

"L’homme est séparé de l’homme par des ténèbres.

"Les gens sont épuisés, ils tombent, la gueule la première… Et le cynisme, à une vitesse record, devient l’unique morale.

"Est-ce qu’en fin de compte quelque chose de valable peut surgir dans un monde qui maintient son équilibre grâce au chantage ?

"Dimanche matin. Il pleut. Plus tard, il pleut.

 

Varsovie, dans les années 50. Ses grandes cités grises, closes, repliées sur elles-mêmes. Un jeune couple amoureux. Sans lieu. Sans intimité où vivre leur amour. La misère. Sauvage, inexorable. La vie sans pitié. La pauvreté retournant comme un gant l’intimité des gens qu’elle expose au regard de tous. La seule vie en partage. Vivre son désir. Où ? Comment ?

 

"A la fin, elle s’étala parmi les boîtes de conserves vides, les tessons de bouteille, dans la terre grasse détrempée. Elle l’entraîna dans sa chute. Il s’abattit sur elle.

"Les hommes ne valent pas mieux que les bêtes. Il ne faut pas penser que ça pourrait être différent.

"Après ce qui va se passer, nous ne pourrons plus nous regarder dans les yeux. Et ce sera la paix. La paix, enfin. Sans désir. Sans amour. Sans espoir.

"Nous avons attendu un jour qui n’est pas arrivé. Et qui ne viendra pas. Il faut attendre pourtant. Il faut en avoir la force. Ne pas se laisser tromper. Lutter. Se défendre."

  

L’une des œuvres les plus bouleversantes de la littérature polonaise des années cinquante. Témoignant de la misère matérielle, de l’abîme qui dévore les vies, les dépèce quand la pauvreté vous enclôt sur vous-même et pas même vous : vous avale dans sa grande bouche béante. Une œuvre dédiée aux ghettos urbains, cités ouvrières, lumpen sans âme, blocs de béton arasés –pas même une ville. Et au milieu de ce grand nulle part, la jeunesse polonaise, entassée, parquée, exclue. Accablée dans l’immonde promiscuité des désirs que l’on n’en finit pas de ravaler, de déglutir, de régurgiter. Le désespoir des mal-logés, des domiciles où l’on s’entasse sans espoir. Un livre coup de poing, qui connaîtrait aujourd’hui une réelle actualité, transposez donc : les cités françaises, ces millions mal logés. Notre grande misère où se désarticulent les vies démembrées, littéralement.

A l’époque, le livre avait ému. On l’avait traduit aussitôt en France. Il nous parlait d’une misère que nous jugions insupportable : celle des pays communistes. D’une misère dont nous nous sentions solidaires. Ces jeunes polonais devaient nous ressembler. Pas comme ceux des cités d’aujourd’hui, infréquentables au point que leur sort laisse indifférent médias et responsables d’opinion.--joël jégouzo--

 

L’impossible Dimanche (le huitième jour de la semaine), de Marek Hłasko, édition Julliard, 1959, traduction Anna Posner. Epuisé.

L'impossible dimanche. (Le huitième jour de la semaine). Traduit du polonais par Anna Posner, Editions Cynara, 1988, épuisé.

Photo : Marek Hłasko.

 

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