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27 mai 2010 4 27 /05 /mai /2010 10:33

sartre-beauvoir.jpgCar il faudrait commencer là : dans ce qui fonde ce rapport tout à la fois individuel et collectif au sens. Et chercher à comprendre comment ce sens s’inscrit dans le présent de nos vies individuelles, tout comme dans celui de notre histoire commune. S’y inscrit ou s’y absente. Et marteler que depuis vingt-cinq ans, seul le refus du sens est perceptible dans le champ clos de la Nation française (défunte).

A l'heure où celle-ci s’enlise dans la misère de masse, s’y englue et se ment, à l’heure où le silence cauteleux des nantis ressemble à un fameux discrédit jeté sur notre bonne conscience, il n’est pas vain de convoquer le penseur de la Liberté, même paradoxale, d’en rappeler la parole, même excessive, et ses lieux, qui furent autant ceux d’une verve parfois incontrôlée, que ceux du roman noir américain.

 

Sartre, ses colères, son insatiable besoin de justice sociale. Sartre et ses contradictions, ses égarements, rédigeant avec ses compères de la rue d’Ulm On a raison de se révolter, à une époque où l’on ne songeait déjà plus à se révolter mais à s’installer, chacun, dans sa carrière. Ne pue-t-elle pas la démission cette France de l’après Sartre ? Et comment ! Mais ne nous trompons pas : le vrai roman noir de la société française, c’est cela : son renoncement aux valeurs de justice et d’équité. Alors Sartre l’utopiste, le doux dingue, sans rire, libertaire de gauche quand il ne reste plus de place en France qu’aux libertaires de droite. Ne parlons même pas de littérature engagée : il n’y a plus d’instinct pour cela dans notre beau pays, sinon dans le polar, justement : ailleurs ne surnage que la cague des mots d’ordre, usés jusqu’à la corde.

 

 Alors, oui : à une époque où les libelles n'existent presque plus, nous aimerions, un court instant, être encore les enfants de Sartre et de Hammet. Mais voilà : ces trente dernières années, les intellectuels ont voulu disposer d’un scénario commode : oublier Sartre. Un scénario capable de tenir dans un seul mot (toujours cette passion du slogan), pour donner un visage à nos compromissions et gérer l’après-68 : le retour au libéralisme, après un pudique passage par un social-libéralisme bon teint. Un scénario si peu convaincant aujourd’hui, mais tellement efficace quand il ne s’agit plus d’inventer mais de gérer nos aises. Après tout, ça avait foutrement déconné en 68, on méritait bien les charentaises bobos. Dès les années 60 du reste, on la sentait poindre cette démission. Après nous le déluge, question de génération, tandis que Sartre, lui, avait conservé le vilain défaut de vouloir continuer toujours, de ne jamais gérer correctement ni ses comptes, ni sa notoriété. L’emmerdeur : il voulait donc enraciner sa vie et son oeuvre dans un système de valeurs désuet ? Qu’est-ce que la littérature ? Relisez le bouquin : une belle foirade contre les Prix littéraires, le con !joël jégouzo--.

 

On a raison de se révolter. Discussions, de Jean-Paul Sartre, Philippe Gavi, Pierre Victor, Gallimard, coll. Presses d’aujourd’hui, 7 mai 1974, 384 pages – épuisé.

 

 A propos d’une rencontre improvisée entre Catherine, Hélène, Marcuse, Sartre, Gavi, Victor : http://www.sartre.ch/Marcuse%20et%20Sartre.pdf

en allemand, une biographie plutôt intéressante de Sartre : http://www.sartre.ch/Zeitgenossen%20v.13.pdf

 

L’Histoire, c’est la dimension du sens que nous sommes (Marc Bloch)

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