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7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 08:49

europe-mediane.jpgFractures, décompositions, recompositions, surcompositions…

Voici une approche de ce que l’on baptisa naguère l’Europe Centrale tout à fait revigorante !

D’abord parce qu’elle ne sacrifie pas au découpage idéologique habituel, qui a vu les français au tout premier chef, promouvoir l’idée qu’il existait une coupure quasi civilisationnelle entre l’Europe dite occidentale et l’Europe de l’est –laquelle, commodément, n’avait plus rien d’européenne en définitive…

La voici donc restituée dans une géographie plus complexe, imbriquée dans ses proximités allemandes, turques, russes, baltes, dont il ressort qu’il n’y a pas d’Europe clivée entre pays avancés socialement et démocratiquement et pays arriérés non démocratiques. De ce point de vue, l’étude de la vie culturelle, celle des phénomènes politiques, ou la relecture des paysages économiques, montrent par exemple une Italie du Nord-Est moins tournée vers l’occident que Prague…

Ensuite parce qu’elle est étudiée à travers de nouvelles échelles –le quartier, l’exploitation agricole, la rue, le bourg-, qui ont noué au fil du temps des liens parfaitement discontinus avec leurs espaces limitrophes. Dans ce changement de focale, l’approche se fait du coup plus politique sur les modes de jonction culturels ou économiques de ces régions. Politique, c’est-à-dire qu’elle contraint à révéler la nature politique du discours de l’historien en le pressant d’expliciter culturellement les outils qu’il met en place pour déchiffrer l’histoire.

Ce qui revient à dire que cette histoire européenne ne peut être que transnationale, dans la mise en rapport complexe des lieux qui la forment, des espaces souvent discontinus qui l’ont disséminée en réseaux (et ce bien avant l’apparition d’internet).

Les brouillages, dans ce mode de composition de l’histoire, on le devine aisément, sont nombreux.

Voici donc une étude qui remet profondément en cause les modes de construction des champs sociaux et historiques.

On lira de ce point de vue avec passion le chapitre consacré à Riga et à l’étude des modes de circulation des cultures européennes à l’intérieur des quartiers, des réseaux, des institutions, culturelles, politiques ou administratives de cette ville. C’est autant leur circulation du reste que les stratégies de différenciations culturelles qui sont abordées dans ce chapitre, voire la manière dont les projets architecturaux construisent de la légitimation nationale et/ou, introduisent en réponse des ruptures territoriales et culturelles au cœur même de la ville.

Une nouvelle géographie européenne des lieux culturels se dessine ainsi, ouvrant à point nommé notre réflexion sur la question européenne à l’heure où, justement, refait surface dans les discours politiques et économiques la problématique de cette "autre" Europe. Des constructions idéologiques et politiques sont en effet en cours, dont il ne faudrait pas qu’elles aillent puiser dans notre vision passée de l’histoire leurs légitimations, comme celle qui consistait à supposer, au moment où l’on souhaitait l’élargissement de l’Europe, qu’il fallait éduquer les nouveaux venus de l’est dans le modèle pré-existant qui était le nôtre, le seul, à nos yeux, rendant compte de ce que l’Europe était vraiment… --joël jégouzo--.

 

L’EUROPE MEDIANE AU XXème SIECLE. Fractures, décompositions, recompositions, surcompositions, sous la direction de Paul Gradvohl, CEFRES, octobre 2011, 286 pages, 20 euros, ean : 978-8086311-23-4.

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Published by texte critique - dans IDENTITé(S)
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