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23 mars 2014 7 23 /03 /mars /2014 05:56

elections.jpgQuand Napoléon III décida d’assassiner la République, il proclama le suffrage universel. Quand Bismarck voulut garantir la victoire des libéraux prussiens, il proclama le suffrage universel. Dans les deux cas, l’octroi du suffrage universel scella le triomphe du despotisme.

On tient bien, là, la manifestation de la plus évidente illusion du suffrage universel, qui est de masquer la fabrique d’une majorité n’exprimant qu’un jeu de dupes féroce. Des leçons de Napoléon III et de Bismarck, il nous faudrait admettre que le cirque électoral ne vise rien d’autre que la confiscation du pouvoir. Un cirque qui fait vivre aux citoyens, démocrates épuisés, la prostration de l’illusion démocratique. Car nous vivons bel et bien les temps du pouvoir confisqué. Voyez les cinq années de présidence Sarkozy. Son règne d’arbitraire. Rappelez-vous l’une de ses premières décisions, très symbolique, face au referendum de 2005, biffé d’un trait de plume. Les français avaient mal voté ! Voter était brusquement devenu un acte sans fondement politique. Et quand on y regarde de plus près, ce que l’on constate en étudiant par exemple la question de la légitimité du pouvoir aux Etats-Unis, c’est qu’un Bush n’aura de fait été élu que par 25% des électeurs américains. La lutte des pouvoirs politiques contre la démocratie passe aujourd’hui par la tyrannie des majorités fabriquées et le dégoût d’un geste auquel on a ôté ses vrais fondements politiques.

La comédie des consultations démocratiques se double bien trop souvent de la comédie des promesses que l’on ne tient jamais. Doublées elles-mêmes de la comédie des engagements politiques – comme la comédie de la lutte contre le chômage, ou la comédie des réformes de l’Etat qui n’est l’expression que de son cynisme éhonté. Le tout relayé servilement par un défunt contre-pouvoir qui a cessé depuis belle lurette de jouer son rôle dans la société : les médias, la démagogie elle-même a baissé de niveau !

Le vote n’est plus une délégation de pouvoir mais l’abdication rabâchée, affirme Jean Salem dans son ouvrage. L’exacte traduction de notre misère civique, le modèle occidental de la corruption politique et de la domination des masses. Et l’élection ininterrompue est l’instrument de cette domination. Qui nous maintient dans l’illusion d’une démocratie fétiche où le processus électoral suspend plus efficacement les libertés politiques qu’aucun autre.

Quant au changement, ce slogan vide de tout sens de François Hollande, il sent à satiété une République qui fleure la péremption. A commencer par cet ordre politique électoral qui n'a cessé de s’affirmer contre l’ordre social. A commencer par la dénonciation de cette fumeuse pacification des mœurs politiques que l’on nous sert comme une nécessité faisant force de loi et qui ne fait qu’affirmer sa toute puissance sur les citoyens d'une République sans nation. Alors bien sûr, on nous dira que les municipales sont un vote de proximité. Vraiment ? Ne s'agit-il pas là encore d'élire de petits hobereaux qui sitôt au pouvoir sauront le confisquer avec conviction ? Je ne vois pas, sinon dans les communes les plus modestes, qu'il y ait dans les villes de quelque importance de vraies démocraties en place là encore. On y apprend au contraire bien vite l'art de conserver le pouvoir, loin des citoyens que l'on tient à distance de lambris pitoyables la plupart du temps.

 

Elections piège à cons –que reste-t-il de la démocratie, de Jean Salem, Flammarion, février 2012, 120 pages, 7 euros, ean : 978-2081248793.

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Published by texte critique - dans Politique
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