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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 04:18

Les entreprises produisent quantité de biens, dont la plus grande vertu est d’entretenir l’illusion que la croissance indéfinie de la société de consommation est gage de progrès social. Mais bien évidemment, la pauvreté n’est pas éradiquée et les inégalités se creusent. Cette dégradation de la cohésion sociale provoque en retour l’aggravation de l’insécurité matérielle et psychologique : l’individu, sur lequel repose la justification de nos économies, ne parvient plus à exprimer son inquiétude que sous la forme d’un désarroi sans réponse. Et bien sûr, nous devinons tous que l’exigence de croissance indéfinie qui régit notre modernité est absurde : les ressources naturelles de la planète sont limitées, cette croissance nous conduira droit dans le mur… Un pessimisme dûment motivé, auquel s’ajoute une inquiétude plus diffuse, que nul ne parvient à identifier. Une sorte de pessimisme aliénant d’autant plus sourd que nul n'est parvenu à le thématiser. D’où vient-il donc ?
Pour Christian Comeliau, de la trop forte poussée des valeurs individuelles combinée à la dictature du marché. L’erreur du capitalisme aura été de faire du marché le fondement unique de sa philosophie et de son organisation. Ce qui aura conduit à la marchandisation de toutes les valeurs, comme celle du travail ou de la finance. Mais cette modernité est condamnée. Son histoire ne peut que se terminer mal : la menace écologique, également, pèse sur elle. Or l'on ne voit pas comment de nouvelles règles pourraient se dégager du fatras des discours qui interdisent de les penser. Un grand débat politique sur les finalités de l’économie serait, pour le coup, urgent à mener. Mais quelles pourraient être la base politique et sociale de ce débat ? Pour l'auteur, aucun doute : la base sociale est celle des plus défavorisés. Quant à la base politique, il peine à la définir. Une avant-garde sachant guider les masses opprimées dans leur choix de société ? Curieusement embarrassé en ce qui concerne le modèle économique et politique que ses idées soulèvent, son programme demeure problématique politiquement : l’avant-garde éclairée, écologique, ne peut que résonner singulièrement à nos oreilles, tout juste remises des dérives totalitaires.


Les impasses de la modernité, critique de la marchandisation du monde, Christian Comeliau, éd. Du Seuil, coll. Economie humaine, sept. 2000, 260p., 19 euros, EAN : 9782020407601.

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Published by texte critique - dans essais
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