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12 décembre 2010 7 12 /12 /décembre /2010 14:07

pauvres-anglais.jpgDans cet effroi de pauvreté qui se dessine de nouveau aujourd’hui, ce n’est plus même la question de libertés qui est en jeu, mais celle du statut des êtres dont la vie bascule soudain dans un univers au sein duquel, la survie elle-même est rendue vile. Les opprimés n’ont jamais souffert du manque de seigneurs ou de maîtres, ainsi que l’énonce admirablement Joseph Arch, qui fut en son temps un fier militant des Droits de l’Homme et du salarié. Mais ne pensons pas que les siècles passent pour rien et que l’Histoire soit un éternel recommencement. Rien n’est plus éloigné de Joseph Arch que ce fatalisme injurieux. La condition des noirs d’Amérique a connu un réel progrès dans les années 60/70, sous l’impulsion de luttes difficiles, avant de connaître une régression sans précédent, ces vingt dernières années : c’est que les forces de domination ne lâchent rien, jamais, demeurent toujours sur le qui-vive, sur la brèche, à chercher la faille par où s’engouffrer de nouveau et de nouveau nous engager vers le pire de la condition humaine. Il y a dans le monde une vraie contre-révolution en marche, et ce, depuis plus de vingt ans. Le libéralisme économique est même parvenu à séduire une intelligentsia naguère sensible aux questions de justice et d’équité, c’est dire si les sirènes sont puissantes. C’est de cela, sans doute, que nous mourrons aussi, de ce leurre et de l’abandon des causes de justice par des intellectuels et des politiques occupés à gérer désormais leur seul patrimoine. Pour autant, il n’y a aucune fatalité là derrière -que des renoncements, des trahisons et des raisons insuffisantes. Il est possible, aussi invraisemblable que cela puisse paraître aujourd’hui, de tenir un autre discours sur le monde, mieux, de l’engager sur d’autres voies plus conformes à l’idée que nous nous faisons de notre humanité. L’exercice n’est pas moral, il est politique. Plongé dans la misère absolue qui était celle des ouvriers de l’époque de Joseph Arch, sans nul doute, personne ne pouvait alors imaginer une issue favorable aux luttes désespérées qui furent entreprises. Joseph Arch et d’autres militants avaient d’abord imaginé de mettre en place des caisses de solidarité pour venir en aide aux chômeurs et aux familles privées de tout revenu. Ils n’imaginaient pas qu’un jour les Etats s’en chargeraient. Pourtant ce monde des Caisses d’assurance Maladie et autres secours aux chômeurs advint. Le nôtre, jusqu’à hier. Nous saurons donc bien, allez, imaginer qu’il est possible de résister ! --joël jégouzo--.

 

La vie de Joseph Arch, pp.10-35, édition de 1898. Traduction par mes soins.

"L'enseignement, dans la plupart des écoles de village, était à cette époque mauvais au delà de toute croyance. "Beaucoup de connaissances de la bonne sorte est une chose dangereuse pour les pauvres", telle était la devise qui ornait le frontispice de la porte de ma propre école. Le seul livre que l’on nous faisait étudier était celui des devoirs du jeune travailleur, le meilleur qui fût pensait-on, et le plus sûr pour ceux qui veillaient sur nous... Ces notables ne voulaient pas que nous ayons accès à l’éducation ; ils ne voulaient pas que nous parvenions à penser par nous-même : ils voulaient seulement nous voir travailler. Être un travailleur voulait dire à leurs yeux qu’il fallait seulement être fort de sa main, et ils accordaient leur précieuse attention à nous voir nous instruire dans cette obéissance. Evidemment, le travailleur pouvait apprendre des rudiments de catéchisme et toutes instructions appropriées à sa nature. Il devait rester en particulier continent lorsque venait la fin de ses jours ouvrables.

Quand les travailleurs agricoles ont essayé de mettre en place des fonds de cotisation pour les malades, les Parson, les fermiers et les membres importants de la paroisse ont fait de leur mieux pour casser l’initiative, pour la détruire à coups de leurs talons despotiques. Les Parson ont refusé l’autorisation de prêcher un sermon pour aider à la collecte de ces fonds. Qu'un travailleur, privé de son emploi pour cause de maladie, puisse être soutenu pendant un certain temps grâce à ces fonds de solidarité, voici qui était comme une entorse et paraissait un encouragement à la débauche, dans l’esprit des Parson ! Autant leur fournir l’absinthe tout de suite, devaient-ils penser ! Mais plus sûrement, que l’épouse dudit travailleur risquait fort de ne plus mettre les pieds à la cure, pour prier humblement qu’on l’aide, si elle trouvait ailleurs du secours. Et qu’ainsi, elle et ses enfants risquaient d’échapper au joug de l’assistance de l’Eglise, si la charité de la cure ne devenait plus une nécessité. Non ! Ce club des malades devenait ainsi comme la mince extrémité d’une mauvaise cale, qui devait être retirée et brisée sans tarder.

Nous, travailleurs, n'avons jamais souffert du manque de seigneurs ou de maîtres. Il y avait Parson et son épouse, à la cure. Il y avait le châtelain et sa main de fer qui nous broyait tous. Pas de gant de velours sur cette main, pas même pour se saisir d’un homme trouvé au plus mal. Le châtelain jeta la vilenie sur mon père, parce que ce dernier avait refusé de signer l’infect contrat de mendicité dit "pour un petit pain bon marché", et si cela avait été ma mère, cette même main l’aurait sans doute écrasée jusqu’à faire sortir la vie d’elle. À la vue du châtelain, le peuple tremblait. Il était comme assis à la Droite du Père, au-dessus des fermiers, qui à leur tour terrorisaient les travailleurs, dont le sort n’était pas meilleur que celui d’un crapaud sous la herse. La plupart des fermiers étaient devenus les oppresseurs des pauvres. Ils posèrent sur leur salaire une grille de fer, serrant la vis au plus qu’ils le pouvaient, jusqu’au dessous du seuil de vie, pour rendre leur survie elle-même vile, dans cet effroi de pauvreté."

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Published by texte critique - dans Politique
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