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1 décembre 2009 2 01 /12 /décembre /2009 10:48
Les années noires : 1982-1987. Silence radio. En France, on meurt.

Christophe Martet parlait alors, à juste titre, du meurtre politique d’une génération.
Au point que l’on se demande aujourd’hui, dans un pays si volontiers commémoratif, si l’on ne devrait pas élever partout des stèles, des monuments aux morts du Sida.
Qu’est devenue notre dette de mémoire à l’égard des milliers de victimes du Sida ?
Il y eut un temps le patchwork des noms, et ce film que réalisa Christophe Martet en 93 : Nous sommes éternels.
Mais aujourd’hui, à l’heure où le Sida se voit dissimulé sous les chausses-trappes de la grippe A alors qu’il frappe toujours aussi férocement les homosexuels (et les immigrés, quels horizons, dans la France de Besson !) où en sommes-nous d’une politique de prévention qui ne nous contraigne pas de nouveau à réfléchir à une politique de la mémoire des nouveaux morts du sida ?

Avec cet ouvrage, Christophe Martet signait une sorte de mémorial aux victimes du Sida. J’allais écrire superbe ouvrage, tellement poignant. Il parlait de combattants. Il parlait d’une guerre. D’un front où l’on envoyait les hommes mourir.

Il affirmait aussi ce que la lutte d’Act up avait signifié : rien moins que l’entrée en politique de la société civile. Et  l’irruption des malades eux-mêmes dans les stratégies des pouvoirs médicaux et des politiques de santé – à l’heure des vaccinations de masse, comment ne pas tourner de nouveau la tête vers ce pan de notre histoire afin de mieux comprendre les engagements qui ne peuvent pas ne pas venir bientôt ?
Act up, dans son travail rhétorique de définition d’une identité homosexuelle, avait heurté de plein fouet un modèle qui lui faisait obstacle : le modèle républicain. Cette identité tentait de s’affranchir des habitus hérités d’une vieille tradition homophobe pour promouvoir un nouveau cadre de référence.
A l’heure du grand débat sur l’identité française, comment ne pas être tenté d’y revenir aussi ?
Toute une grammaire de lutte s’était mise en place avec, au delà de son côté spectaculaire, de forts emprunts à l’expression artistique (performances). Comme si la lutte gay était devenue «totale», dessinant les contours d’une contre-culture inédite. A l’époque, Didier Lestrade, affirmait qu’un phénomène n’était important que lorsqu’il trouvait sa représentation dans l’art… A l’heure où la culture est menacée, comment ne pas faire, là encore, ce retour ?

Mais in fine : comment vivent aujourd’hui les malades du sida ? Quelles sont leurs difficultés, comment pointer les insuffisances des politiques publiques ?
joël jégouzo--.

Les Combattants du sida, de Christophe Martet, Flammarion (6 mai 1993), 250 pages, 16 euros, EAN : 978-2080668998

A l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le sida, Act Up-Paris appelle les dirigeants des pays riches à renforcer leur contribution financière à la lutte contre la pandémie dans les pays pauvres. Une manifestation partira de la place de la Bastille à Paris à 18h30. http://www.actupparis.org/

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