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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 04:14

berceau.jpgLa transmission des inégalités est, depuis 30 ans, la norme française, sinon son exception.

7 enfants de cadres sur 10 exercent un emploi d’encadrement, quelques années après la fin de leurs études.

7 enfants d’ouvriers sur 10 occuperont toute leur vie un emploi sous-qualifié.

10% des français les plus riches concentrent 50% de la totalité des richesses connues en France. Non des richesses disponibles : ce calcul ne tient pas compte de l’argent placé dans les paradis fiscaux…

Les hauts revenus s’envolent en France et ce, depuis le début des années 2000.

La pauvreté, elle, s’étend : il y a 8 millions de pauvres en France, et ce volume croît de jour en jour.

Depuis 30 ans, l’ascenseur social est en panne en France. Mieux : les conditions de naissance déterminent plus que jamais le destin des individus.

L’école française républicaine ? Un échec. Connu. Décortiqué. Mieux : une agence de sélection destinée à produire de l’exclusion, pointée du doigt par l’OCDE pour ses mauvais résultats qui la classe dans les derniers rangs de la lutte contre les inégalités.

Un exemple ? Tout le poids de la dépense scolaire est concentré en France sur les filières prestigieuses : grandes écoles, filières élitistes des universités sélectives, classes prépas, lycée généraux d’excellence. La Nation paie très cher le coût des études de ses enfants… les plus favorisés ! Curieuse conception de la solidarité nationale…

Dans ce système les enseignements les plus fondamentaux, là où tout se joue et là où les efforts devraient être les plus importants, dans les classes maternelles et du primaire, l’OCDE observe que de tous les pays avancés, la France est celle qui dépense le moins d’argent et leur a affecté le moins de moyens humains et matériels.

Le destin des petits français est ainsi, études à l’appui, scellé très tôt, en primaire généralement.

La réalité sociale française est désormais celle du déclassement. Le parcours des jeunes d’aujourd’hui, fortement lié aux ressources économiques de leurs parents, traduit à la perfection cette réalité hallucinante.

Une réalité dont la classe politique refuse de prendre la mesure, préférant parler de crise, comme si la société était malade et qu’il fallait la soigner, psychologiquement de préférence, le morale des ménages en tour de passe-passe commode pour masquer la dynamique des politiques d’inégalités conduites jusque là.

La faillite est donc totale, en particulier de cette prétendue méritocratie républicaine qui renvoie chacun à son prétendu échec et les chômeurs à leur prétendue paresse quand le chômage de masse s’est installé en France dès le début des années 1980 !

La précarité, la pauvreté, qui sont l’empreinte de la mondialisation des échanges, a conduit à la polarisation de la structure sociale française et de son marché du travail, avec d’un côté quelques fonctions hautement qualifiés et de l’autre, l’immense réservoir des gagne-pain sous-qualifiés, rémunérés à la limite de la décence.

La société de l’intelligence, tant vantée et attendue dans les années 80, n’aura ouvert la voie qu’à la précarité de masse. C’est du reste ce que constate l’OCDE, préconisant de dépenser moins d’argent encore dans l’éducation, puisque dans leur immense majorité, les jeunes de demain n’auront besoin d’aucune formation pour survivre.

Voilà ce qu’est notre réalité politico-économique. 30 années de reproduction sociale. Une génération sacrifiée, bientôt deux. Les derniers rapports de l’OIT (organisation International du Travail) vont dans ce sens : massivement, les jeunes de demain seront chômeurs et le resteront. Et en Europe, où déjà l’Espagne compte 50% de jeunes adultes au chômage, la France figure parmi les plus mauvais élèves, sans que cela préoccupe vraiment, sinon au replâtrage à la marge…

  

 

e destin au berceau : Inégalités et reproduction sociale, Camille Peugny, éd. du Seuil, coll. La République des idées, mars 2013, 112 pages, 11,80 euros, ISBN-13: 978-2021096088.

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Published by texte critique - dans Politique
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