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12 mars 2012 1 12 /03 /mars /2012 05:56

guerreImaginez. Non, c’est impossible. Mais faites-en l’effort : votre quartier est en ruine, les bombes s’abattent encore sur vous, bien que la France ne soit plus en guerre, puisqu’elle vient d’être conquise. Il n’y a plus d’eau, plus d’électricité, l’hiver approche. Il fait froid. Novembre bat des records de froid. Vous avez faim et pour vous approvisionner, vous devez prendre des risques inconsidérés : des milices parcourent la ville, des snipers sont embusqués. A chaque fois que vous mettez le nez dehors, vous risquez de tomber sous une rafale ou d’être embarqué par les milices du nouveau pouvoir en place à la solde des scandinaves. Vos amis sont morts. Votre famille souffre. Vous avez peur. Beaucoup ont disparu, beaucoup ont fui. La police est partout. Votre voisine erre dans les ruines. Elle est devenue folle le jour où son petit est mort, tué par un sniper. Il faut partir. Maintenant. Demain il sera trop tard. Mais partir où ? Toute l’Europe est tombée sous la botte des régimes totalitaires. Reste le Sud. Mais le Sud ne veut plus vous accueillir : trop de réfugiés déjà. Le Sud vient de durcir ses lois sur l’immigration. Il faut partir pourtant : les milices s’activent. Vous trouvez un passeur. Qui vous dépouille de tous les biens qu’il vous restait. Un soir, vous partez. Vous, votre mère et votre petite sœur. Les survivants d’une belle famille unie, naguère. Vous fuyez la France, qui devient une dictature. Six semaines plus tard, vous êtes dans camp de réfugiés. Les autorités du pays étudient votre demande : sans permis de séjour temporaire, vous serez renvoyé chez vous. La promiscuité est insoutenable. L’examen de vos papiers traîne. On vous demande des preuves que vous ne pouvez pas fournir : pas facile d’en trouver dans la seule valise que vous avez traînée avec vous dans votre exode. Deux années passent. Vous êtes méconnaissable. Vous avez fini par obtenir le droit d’asile. Mais il n’y a pas de travail pour vous : ses conditions d’accès ont été durcies pour les immigrés. Le pouvoir en place flatte désormais sa droite extrême. Vous subissez la montée du racisme dans votre pays d’adoption. Qui vote une nouvelle loi éparpillant les immigrés aux quatre coins du pays. Vous devez quitter cette région où vous aviez fini par vous faire des amis. Vous voilà seuls, vous, votre mère, votre sœur. Sans pouvoir accéder au marché de l’emploi. Montrés du doigt. Pour échapper à la misère absolue, vous apprenez à cuisiner des gâteaux que vous vendez au marché noir. Inutile de poursuivre la démonstration : elle est terrible. L’auteure avait écrit ce texte en 2001, quand le débat sur les réfugiés s’était soudain tendu au Danemark. D’actualité. Toujours…

 

 

Guerre, et si ça nous arrivait ?, de Janne Teller, éd. Les Grandes personnes, traduit du danois par Laurence W. O Larsen, illustrations de Jean-François Marten, mars 2012, 64 pages, 7,90 euros, ean : 9782361931384.

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Published by texte critique - dans Politique
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