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14 juin 2011 2 14 /06 /juin /2011 07:01

la-bombe.jpgLe titre est certainement mal trouvé : ce n’est pas tant les bombardements aériens en général que l’historien décortique, que trois d’entre eux plus particulièrement : celui d’Hiroshima, celui de Nagasaki et celui de Royan auquel il participa au sein d’une escadrille américaine chargée de détruire la ville. Pour autant, comme toujours avec lui, l’historien tire de sa propre expérience des enseignements édifiants. Quels qu’ils soient, quand bien même ils prétendent relever de la précision chirurgicale de frappes sur des objectifs militaires, ces bombardements relèvent à ses yeux du terrorisme d’Etat. Aveugles, cruels (le mot est faible), -on se rappelle les drones américains bombardant par méprise une noce en Afghanistan-, les populations civiles sont le vrai objet de ces bombardements.

Qu’on se rappelle Hiroshima, dont l’inutilité ne fait aucun doute aujourd’hui aux yeux des historiens. Le Japon capitulait, les télégrammes classés secret défense jusqu’à peu le prouvent assez, la guerre était finie, le bombardement ne se justifiait en rien. Tout comme celui de Dresde, comptant des centaines de milliers de morts allemands, des réfugiés pour la plupart. Preuves à l’appui, Zinn démontre que les bombardements n’ont jamais eu d’autres objectifs que d’atteindre ces populations civiles. Chaque fois que la puissance de l’Etat est exercée pour combattre, c’est l’atroce qui commande. La guerre menée par les américains en Afghanistan, celles d’Irak, le montrent assez : à viser de présumés terroristes, on s’autorise toutes les cibles humaines. Car ce n’est jamais une certitude qui provoque l’ordre de tir, mais de simples présomptions. Une simple conviction suffit à déclencher des frappes meurtrières. Les bombardements aériens sont en réalité très rarement des opérations de combat : malgré leur but militaire déclaré, il s’agit avant tout d’anéantir des vies humaines. Pire : il arrive parfois que l’anéantissement terroristes des populations civiles ne soit l’aboutissement que d’une absence d’ordre, voire d’une méprise, ainsi que le montrent les études qui commencent de foisonner sur les bombardements de Nagasaki ou de Royan. A Nagasaki, la machine était en marche, tout simplement, et nul ne songea à l’interrompre… Surtout pas les militaires, qui venaient de lâcher une bombe à uranium sur Hiroshima et tenaient à expérimenter leur bombe au plutonium sur une seconde ville nipponne. Tout comme l’on sait que Royan fut l’occasion d’expérimenter les premières bombes au napalm. Et cette fois encore, sur des objectifs civils. On sait qu’en 42 Churchill conseillait de frapper les quartiers ouvriers allemands pour démoraliser une population déjà démoralisée. A Hiroshima, des experts avaient préconisé de larguer la bombe dans une région non habitée, puisque l’enjeu avoué était d’impressionner les soviétiques, non les japonais. A Nagasaki, un camp de prisonniers américains se trouvait dans le périmètre de largage de la bombe. Prévenus, les hauts gradés repoussèrent l’objection d’un haussement d’épaule. Quelles contorsions morales faut-il accepter pour nous rendre complices de pareilles pratiques ? Après avoir voulu l’intervention en Libye, les intellectuels français ferment désormais les yeux sur ces pratiques meurtrières, sans aucune réflexion sur l’accumulation des moyens de destruction massive par les pays du monde dit libre, et tout en sachant que nos gouvernements ne poursuivent pas les mêmes fins que nous. L’identité de la guerre moderne ne doit plus faire aucun doute, assène Howard Zinn : les populations civiles sont toujours les victimes, mieux : elles sont toujours visées. --joël jégouzo--.



La bombe - De l'inutilité des bombardements, Howard Zinn, traduit de l’américain par Nicolas Calvé, éd. Lux, coll. Mémoire des Amériques, juin 2011, 96 pages, 10 euros, ean : 9782895961208.

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Published by texte critique - dans Politique
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