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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 04:04

 

 

l'enlèvement d'hylasHercule. Appelons-le comme ça, dans cette langue qui ne renvoie plus guère qu’à ses douze travaux. Douze. Dans l’ordre, etc. … La Pythie veillant, scrupuleuse, et d’autres, qu’il les accomplisse, les hommes qui l’appelle Hercule, justement, battant des deux mains : trop fort Hercule, vraiment trop fort. Le Lion de Némée étranglé pour en faire une fourrure, et la veille du douzième travail, Eurysthée dans l’ennui, ne sachant que lui donner à faire, tandis qu’Héra le poursuit de sa haine. Héra, la femme du Tonnant, la jalouse. Héraklès, sale bâtard. Qu’il ramène donc Cerbère ! Et le bougre de s’exécuter…

Hercule… Il vaudrait mieux l’appeler Héraklès finalement, pour le voir sous les traits d’un Falstaff plutôt que ceux d’un héros besogneux recyclé dans notre mythologie désuète. Le voir en bouffon d’une tragédie shakespearienne, plutôt que sous nos fards habituels. Histrion, baladin, paillard goûtant autant aux joies du ménage qu’aux coucheries d’opportunités, amoureux du bel Hylas, son éromène. Hylas pour les beaux yeux duquel il suivit Jason et embarqua sur la nef Argo. Hylas dont il pleure la disparition et dont il ne sait comment le retrouver, confiant à l’ivresse son tourment. Héraklès fou de douleur, de rage, fou, tout simplement, depuis la mort d’Hylas. Habillé en Auguste depuis, lèvres peintes, maudissant ses parents, Zeus et Alcmène, la petite fille de Persée. Quelle famille, avouez, son propre cousin Eurysthée lui infligeant ces douze travaux assommants. Héraklès bonhomme, les remplissant comme un devoir, tout à sa besogne pour oublier sa douleur, combler ce vide qu’Hylas a ouvert. Héraklès bateleur, saltimbanque, pitre ambulant sombrant sans retenue dans son penchant pour la bonne chair, le bon vin, les plaisirs de la terre. Sacré bon vivant que cet Héraklès, retrouvant le Tragique au faîte de sa carrière quand précipité dans la fureur par la jalousie de Déjouire, sa dernière femme, il tuera femme et enfants. Héraklès, mortel à la tunique mortelle, empoisonnée du sang du centaure Nesus.

Regardez-le dans ce théâtre grec (le Théâtron, qui est littéralement le lieu où l’on regarde). Regardez-le en le dépouillant de ses exploits, ivre de rancœur contre son père qui l’a abandonné (mon dieu, mon dieu, pourquoi, etc.). Fou de rage contre les dieux qui ont fait de lui leur hochet. Il va mourir de la main d’un mort et sait désormais ce qui compte vraiment : non ce qui est vrai, mais ce que l’on croit. Le réel n’est pas ailleurs. La réalité, sans doute, mais elle n'importe pas. Regardez-le, vivant audacieux, dont la folie plaît à Hadès lui-même, soumettant au corps à corps le chien des enfers. Entendez-le hurler et méfiez-vous d’Héra la folle, la jalouse, mortellement jalouse, qui ne peut renoncer à sa jalousie et ne cesse de le poursuivre de son délire. Félonie, jalousie, mépris, course poursuite et contre le temps. Entendez : cela finit en plaintes et dans la passion qui emporte nos vies. La mort d’Héraklès signe le triomphe de la duperie, de l’imposture, de l’hypocrisie, de la jalousie, de la lâcheté, de la duplicité, de la cruauté des puissants, de la rapacité des princes. Héraklès meurt dans les bras de son fils. Personne n’en a fait une piéta, c’est dommage. Car lui avait choisi le camp des hommes. Et s’il périt atrocement, c’est parce qu’il a choisi ce camp. Héraklès s’allonge sur le bûcher et demande à son père, Zeus, de le frapper de ses foudres pour le délivrer enfin de son calvaire. Et ce faisant, il fait de Zeus un dieu impotent, qui ne sait intervenir que lorsqu’il n’est plus temps.

Héraklès, littéralement : la Gloire d’Héra ! Vous parlez d’une gloire ! Une histoire extrêmement pessimiste. Notre histoire. Celle de la condition humaine. Celle de l’auto-révélation pathétique de la vie dans la chair des hommes. Héraklès ? Un Sisyphe, mais en plus radical, en plus excessif, en plus fou dans l’acharnement qu’il met à vivre. Lisez-le dans Euripide, qui ne cesse de mettre en avant sa folie, jusque dans son combat contre la Mort. Saltimbanque ivre livré au risque avec générosité, dans un acte totalement gratuit, s’offrant à lui-même la pure liberté d’agir. Héraklès, cet homme du vrai, attaché à son réel que ne recouvre qu’une piètre réalité, mourant une fois de trop dans notre réception de sa légende.

 

image : l'enlèvement d'Hylas.

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Published by texte critique - dans essais
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