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24 mai 2014 6 24 /05 /mai /2014 04:04

 

vieux nouveauIl faut cesser de croire qu’il n’existe pas d’Europe politique. L’Union Européenne EST un régime politique. Et le pire qui soit, celui que les faucons américains nous envient, laboratoire du plus fabuleux rapt des valeurs démocratiques modernes qui soit, un régime néo-libéral autoritaire, articulé par le mépris des classes dirigeantes à l’égard des peuples européens. L’UE, dans ce que sa gouvernance révèle, n’est ni plus ni moins que la main mise d’une oligarchie au service du seul objectif qui lui importe : la promotion de la liberté des marchés financiers.  

Voyez la farce des consultations bafouées, comme en France, anticipée par la bouffonnerie de médias stipendiés –qui se rappelle Colombani fustigeant son lectorat parce qu’il désavouait une Constitution qui livrait l’endettement public aux marchés privés ?

Leur Europe, dans laquelle nous ne nous reconnaissons pas, est celle qui est venue à bout de la souveraineté politique des nations européennes par des pratiques économiques qui sont, il n’en faut pas douter, une manière redoutablement contemporaine de faire de la politique autrement, à savoir, sans l’embarras démocratique qui préside encore –si peu- au destin des nations qui la forment.

Observez, avec Perry Anderson, l’historien le plus averti de cette Europe stipendiée, scrutant au scalpel les institutions de l’UE pour en dégager le sens profond, observez comment s’équilibrent les forces institutionnelles au sein de cette UE : une Commission Européenne, son exécutif, où siègent des fonctionnaires nommés par les Etats membres, sans aucun mandat démocratique donc. Un Conseil des Ministres transformé en instance législative délibérant secrètement, un Conseil européen des chefs de gouvernement convoquant les récalcitrants pour leur dicter ses décisions…

L’UE est un pseudo exécutif nous dit à juste titre Perry Anderson. Un pseudo législatif, une pseudo démocratie, l’imitation historique de l’absolutisme prussien, où le processus de décision est télécommandé par des entrepreneurs ayant avalisé une construction politique autoritaire et volontairement parcellaire : le Parlement européen, seule instance "populaire" élue démocratiquement, ne dispose d’aucun pouvoir fiscal, d’aucun pouvoir budgétaire, d’aucun contrôle sur les nominations, d’aucun réel droit législatif, sinon celui d’amender à la marge ou d’opposer son veto. Il n’est, selon la belle expression de Perry Anderson, qu’une façade rituelle symbolique, un corps législatif d’un autre âge, car dans cette histoire, le pouvoir est confisqué en réalité par le Conseil des Ministres, coiffé par Le Coreper, comité des représentants permanents fixe, et le Conseil européen des chefs d’Etat, lui-même à la solde de l’Allemagne.

Une violation constante du principe de séparation des pouvoirs constitutionnels, un déficit démocratique sans précédent, auquel même les faucons américains n’ont jamais osé rêver.

L’UE est en outre l’affaiblissement volontaire du politique. Voyez la Grèce, voyez l’Italie, voyez la France. Voyez où se discutent l’essentiel de notre avenir et comment. Voyez qui prend les décisions et comment, et ce que ces décisions concernent : des questions qui étaient autrefois débattues au sein des parlements nationaux : nos emplois, notre couverture sociale, nos impôts, etc.

Or, à Bruxelles, ces questions sont débattues dans le secret, comme des négociations diplomatiques. On convoque le premier Ministre grec ! On lui ordonne de renoncer à son référendum ! Le traitement de ces questions, observe avec pertinence une fois encore Perry Anderson, est celui que l’on réserve d’ordinaire aux Affaires Etrangères ou militaires !

Et quand ces questions paraissent ne devoir être que l’apanage des experts, voyez ce qu’elles impliquent, voyez comment les taux d’intérêts organisent le déplacement de la politique macro-économique vers Bruxelles. Avec à la clef, encore une fois, nos vies et notre avenir : emplois, impôts, protection sociale…

L’Union Européenne, aujourd’hui, c’est enfin l’état minimal tel qu’aucun ultra-libéral ne saurait l’espérer : une fonction publique réduite à néant, des dépenses étranglées, un contrôle impossible, bref : la démocratie vidée enfin de sa substance ! 



Le Nouveau Vieux Monde, sur le destin d’un auxiliaire de l’ordre américain, Perry Anderson, traduit d el’anglais par Cécile Arnaud, éd. Agone, coll. Contre-feux, octobre 2011, 738 pages, 30 euros, ean : 978-2-7489-0143-6.

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Published by texte critique - dans Politique
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