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12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 04:43

 

tisseron.jpgSerge Tisseron évoque son psychanalyste, Didier Anzieu, à qui un jour lui prit l’envie de parler en cours de séance, s’étonnant de ce qu’il lui répondit si volontiers, rompant avec la sacro-sainte loi de distance, de neutralité, pour peu à peu tisser avec son patient quelque chose comme un espace de symbolisation partagée.

Dans un hommage vibrant à cet homme qui sut si bien se porter à sa rencontre, Serge Tisseron se rappelle et témoigne, dans une langue simple, de la souffrance que font les blessures de l’âme. Il témoigne de sa propre expérience de patient, de sa pratique d’analyste, interrogeant la place du corps dans la cure -donc de l’émotion. Il parle de l’attention à ce qui fait obstinément retour dans le comportement d’un patient, de ce fil conducteur si fragile qu’il faut repérer et de l’aptitude, subtile, à formuler un problème de la bonne manière, au bon moment.

Tisseron atteste de ce qu’un analyste n’est pas sans désir, chaque fois embarqué dans l’aventure de la cure. Il parle du sens en partage, sans nier le caractère asymétrique de la relation, ni oublier ce que l’analysant peut devoir à l’analysé.

Il discute aussi cette place qu’occupe la psychanalyse dans notre société, qui a placé le traumatisme au centre de la vie sociale. Pourquoi la psychanalyse devrait-elle donner des réponses, là où d’autres, de nature politique souvent, devraient être apportées ?

Il aborde également la technicité du métier, les moments opportuns de la cure, la question des traumatismes oubliés, celle de la reconstruction du processus psychique, des pathologies associées, ou encore de ces habitudes mentales qui se sont mises en place autour de nos souffrances et dont parfois dépend toute notre vie sociale.

Il révèle surtout cette dimension de quête de l’analyse, au-delà des outils et des protocoles, qui appelle, peut-être, d’autres médiations et l’exigence, dans cette perspective, de l’interprétation ouverte, pour que les commentaires de l’analyste n’empêchent pas le patient d’explorer ses propres voies, rappelant combien toute explication juste peut être vécue comme une incursion s’il n’existe pas la structure psychique capable de la recueillir et révélant du coup la nécessité de libérer un espace où l’analysé pourra se formuler lui-même -aussi ambiguë que soit l’appropriation subjective, quand bien même articulée par l’introjection soutenue par ce tiers qu’est l’analyste. L’occasion, encore, de fonder en conscience au fond, plus qu’en connaissance, cette parole dialogique où s’évertue le prodigieux travail de co-symbolisation.

L’occasion, enfin, d’interroger la psychanalyse sur nos souffrances d’aujourd’hui, ou sur la diffusion de l’offre de symbolisation, la faculté curative des réseaux sociaux où chacun peut proposer des mots qui soignent, ou mettre en forme ce que d’autres vont valider pour sortir de leur souffrance. (Tant il est vrai qu’il existe "un vrai bonheur à symboliser", un bonheur qui ne peut être que "partagé", une résonance dont on éprouve chaque jour sur les réseaux sociaux la force et la fragilité, qui nous justifient si pleinement les uns auprès des autres).

  

 

Fragments d’une psychanalyse empathique, Serge Tisseron, ALBIN MICHEL, coll. Essais Doc, 3 janvier 2013, 200 pages, 17 euros, ISBN-13: 978-2226245342.

 

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Published by texte critique - dans essais
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