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26 septembre 2014 5 26 /09 /septembre /2014 04:36
 
flou-corneille.jpgIl semble que le flou soit apparu comme une nécessité dans la vie de Colette Corneille. Son équivoque stridence surgit un jour de la confrontation brutale à ce qui ne se dévoile jamais à nous qu’en se dérobant : la mort d’un proche. Au moment où s’estompa ce qui liait « l’inconnaissable à l’existant », elle nous raconte comment le flou assura néanmoins une sorte de couture entre le monde et elle. Il fallait bien se tenir sur ce seuil, en marge de réserves que l’on devine immenses, d’amour, de chagrin, de volonté, d’éparpillement de soi et de révolte contre une société qui exige des actes nets. Le flou permettait en quelque sorte de verrouiller l’événement, de le corroder lentement pour le polir et le rendre «recevable».
De cette expérience depuis laquelle, provisoirement, le flou pouvait avoir raison d’elle, elle tira cependant bien d’autres vertus. Il était nécessité, elle en fit un destin. Quel peut-être le statut de ce qui n’en a pas ? Qu’aurions-nous à gagner à vivre dans le flou ? Parce que le flou refuse la coupure du concept, Collette Corneille comprit très vite le bénéfice qu’elle pouvait en tirer. Elle se mit à le défendre «contre les exigences de la culture actuelle», et explorer ses lieux, sa grammaire. Depuis quand par exemple, dans l’histoire de l’humanité, s’est effectué ce passage à l’évanouissement du sujet dans l’anonymat du «on» ? Mais elle le fit en nous livrant moins une austère méditation qu’un récit, dont la construction n’est pas sans rappeler la très belle étude de Pierre Sansot (Poétique de la ville).
Les liaisons généreuses du flou en quelque sorte, une superbe méditation en forme de récit.
 
 
Flou de Colette Corneille, éd. Le bruit des autres, oct. 2000, 150 p., 10,67 euros, ISBN 978-2909468914
 
 

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