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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 07:16

empire-state.jpgUn building peut-il receler une opinion morale ? Peut-il porter une responsabilité sociale ?

Albert Speer en médaillon, dessinant fiévreusement dans ses plans d’architecte l’esthétique nazie de la ruine du monde, au travers des ruines idéales de son reich de mille ans.

Empire State Building, le nom d’un mythe, bâtiment-temple-logo-monument, condensant toute l’histoire contemporaine sitôt achevé, en 1931. Ponctué, ici, haché, pour donner sens au désordre que l’Empire abrite toujours nécessairement, quitte à le provoquer s’il ne s’affirme pas assez. Car le capitalisme ne sait nous apprendre qu’une chose : c’est que nous avons épuisé le monde déjà, et que seul, lui sait gérer notre fin. Mercator justement, la carte du monde fini, qui nous en a fait les spectateurs savants. La carte, symbole de l’état de finitude politique de l’humanité, au périphérie de laquelle la terre n’est plus qu’un ornement. La revue signe au passage de superbes pages invitant à la méditation autour de la cartographie, celle des modernes qui ne donne plus à voir un monde en expansion, celle des voyageurs arabes, pleines justement d’espoir et d’humanité, cartes inexactes, fascinantes de l’être restées ouvertement, d’avoir si ouvertement accepté leur insuffisance, cartes où demeurait la terre, des mondes à découvrir, des humanités à construire, quand la cartographie moderne est celle d’un monde sans extérieur. De l’Empire State building donc, au One World Trade Center qu’on érigera demain sur les déchirures de Ground Zero, pour porter le nom du nouveau centre du monde libre. Car il n’y a qu’un seul monde pour les Etats-Unis. Le leur. Il faut bien qu’il soit grand…

La revue rend ainsi compte d’une exposition d’objets qui ont construit les symboles de l’utopie capitaliste objectiviste, temples d’une humanité en ruine. Ceux de New York avant tout, l’inusable foutainhead du Capital infini, port franc des traders barricadés derrière leurs chimères numériques. C’est toute l’esthétique contemporaine qui est ici décryptée, du fameux bâtiment achevé en 1931 au World Trade Center, pour remettre la question politique sur le devant de la scène artistique, en interrogeant les formes qui sous-tendent les expressions de ce monde contemporain. Le tout présenté comme un inventaire à la Rabelais, dans un pêle-mêle des arts et du langage, de l’économie des signes et des signaux, dénichant superbement les inquiétantes continuités et posant de bien déroutantes questions : pourquoi la circularité de l’île pour affirmer l’imaginaire des paradis fiscaux ? Pourquoi celui des bulles pour la finance ? Et d'interroger au final le marché de l’art contemporain, qui n’a cessé depuis vingt ans de s’affirmer comme la manière la plus pernicieuse de légitimer l’injustice économique, élaborant des machines discursives propres à détruire les utopies critiques au travers d’une chicane du monde actuel passablement controuvée. --joël jégouzo--.

 

Empire, state, building, Société réaliste, Olivier Schefer, Giovanna Zapperi, Jozsef Niélyi, Editions Amsterdam, mars 2011, 230 pages, ean : 978-2354800864.

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Published by texte critique - dans DE L'IMAGE
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