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25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 05:51
Edward-Said.jpgPortrait du grand intellectuel palestinien dessiné par ces conversations enregistrées pour une chaîne américaine en 1994, qui ne les passa pas toutes dans leur intégrité. Echange intime. Edward Saïd se bat depuis plus de onze ans contre une leucémie qui l’emportera dix ans plus tard et qu’il évoque sans s’y appesantir. C’est que l’homme demeure combattif, droit, et charme pour la finesse de ses propos. Il raconte donc sa vie, son itinéraire, son père chrétien de Palestine, engagé très tôt aux côtés de l’armée américaine sur le sol français en 14-18, migrant de nouveau pour Jérusalem où Edward verra le jour en 1935, avant de fuir cette fois pour Le Caire. Le Liban ensuite, dans l’effarement d’un monde qui ne veut déjà plus rien savoir du malheur palestinien. Les Etats-Unis de nouveau, où Edward poursuivra ses études supérieures : Princeton, Harvard, il enseignera la littérature anglaise à Columbia, passionné d’histoire des cultures avant le tournant de 67 et son engagement dans la lutte pour la liberté du Peuple palestinien. C’est à cette époque qu’il mûrit son grand œuvre, L‘orientalisme, qui paraîtra en 1978 et lui vaudra d’un coup une renommée internationale. Edward Saïd raconte bien sûr cet engagement, aux côtés d’Arafat avant de s’en éloigner avec force, tout comme il dénoncera le Hamas et ses leurres, ou le Djihad. De la situation de la Palestine, il comprit très vite que personne n’en souhaitait soulager l’horreur. Oslo ? Un traité de Versailles palestinien. Et au moment de mourir, Saïd s’était convaincu que seule une alliance entre les forces progressistes palestiniennes et israéliennes sauverait la région. Mais il raconte aussi sa passion des lettres, de l’Histoire de la littérature, Conrad et le choc que fut dans sa vie la lecture de Au cœur des Ténèbres. Il évoque Camus sur lequel il n’a cessé d’écrire, et cette France du renoncement qui dès les années 90 s’empêtrait dans sa nostalgie coloniale. Au point d’en laisser transparaître le climat dans sa production culturelle, où mensongèrement, elle s’enfermait dans une vision pathétique de la littérature comme pure esthétique soustraite à toute pesée historique. Une volonté qui finit par faire de sa littérature une littérature régionale sans grande conviction littéraire. L’occasion pour lui de se moquer de la grande inquiétude identitaire qui s’est mise à traverser ce pays en déshérence. Lui aime New York, cette ville de déracinés, et le déracinement de sa propre vie qui l’a contraint à changer souvent d’identité. «La spontanéité de l’affiliation, affirme-t-il, plutôt que la filiation», et le sentiment d’intermittence, plutôt que le cosmopolitisme douçâtre des élites.
 
 
Edward Saïd, Conversations avec Tariq Ali, éd. Galaade, traduit de l’anglais par Sylvette Gleize, mars 2014, 116 pages, 15 euros, isbn 13 : 978-2-35176-304-9.

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Published by texte critique - dans essais
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salim 19/10/2014 07:54

q'il soit avec nous pour toujours , Erdward et Edvard .

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