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23 mai 2011 1 23 /05 /mai /2011 06:30

soif-exley.jpgLes Giants. Les bars de nuit, de jour, les bars famés de femmes intrépides, de bagarres entre ivrognes. Il y a du Joyce de l’Ulysse dans les pérégrinations de Frederik Exley, mort en 1992. D’un Ulysse confessant ses échecs, sexuels, amoureux, littéraires. Un livre sur l’écriture donc, dirions-nous obligeamment entre gens avisés. Sur l’alcoolisme, l’autodestruction, l’Amérique. Mais si loin de toute habileté narrative, refusant de recouvrir la matière verbale d’une couche d’intrigue adroitement menée, déballant plutôt son récit, rogue, griffonné de personnages controuvés. Exley est un taureau dans l’arène des lettres. Il ne minaude pas, confesse sans charme, s’emporte, effraie. Pas de sympathie, pas d’identification possible, pas de subterfuge stylistique, de prouesse syntaxique. Exley ne s’anime que de son besoin de conflit. Un homme rendu fou par l’alcool, par son ego, par ses échecs. Soi, jusqu’à la démence, habillant son monument de guenilles, et drôle avec ça, vautré dans sa luxure psychiatrique. C’est que le long malaise qu’est devenue sa vie l’a définitivement emporté sur la crispante lumière du dimanche.

Les Giants donc, comme antalgique intellectuel et à tout prendre, réconfort, consolation face à une culture qui ne sait rien affirmer, la nôtre, n’en doutez pas, emmaillotant sa banalité d’un luxe de détails répugnants -une vraie conspiration contre le genre humain. Qu’est-ce qui pourrait nous ramener à la vie face aux sirènes imbéciles du Tout culturel ? Les Giants. Ce terrain les hommes forcenés de l’engagement dur et violent, d’un autre âge.

Pochetron, hérétique et jacasseur, Exley maudit Manhattan. Couvert de dettes, il proclame son refus hystérique et infantile de reconnaître la validité des modes de vie qui lui sont proposés. Seule la dérive, loin des amis du parler consensuel, le satisfait : non pas devenir quelqu’un, mais être. Alors les cultures empâtées, vous pensez, lui qui avait vécu de chroniques littéraires et de leur charme bienveillant, assommé de lectures désespérantes, chacune brandissant son petit calicot à chercher le mot juste, si juste qu’il écœure de si bien savoir trahir ce pour quoi il aurait dû être fait… Les rêves de gloriole, d’autorité intellectuelle, l’université, les manuscrits, l’écriture, même, trop peu pour lui… Frederik refuse d’être l’acteur d’une farce bavarde. Et tandis que l’Amérique se met au régime et se convertit en douce à l’eugénisme, incapable de vivre dans cette société du tri, Frederik conspire à sa manière : rebelle dans le pays du jogging, en 1958, il reste six mois allongé sur son canapé… --joël jégouzo--.



Le dernier stade de la soif, de Frederik Exley, préface de Nick Hornby, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Philippe Aranson et Jérôme Schmidt, éd. Monsieur Toussaint Louverture, 446 pages, 23,50 euros, février 2011, ean : 978-2-953-366433.

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