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3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 07:24

 

arton125Retour en arrière : du temps de Sartre, la nécessité de fournir un travail était la norme éthique de la société bourgeoise. Aujourd’hui, c’est fini. Le pouvoir politico-médiatique, le plus scandaleux et le plus cynique qui ait jamais vu le jour, part, lui, du principe que les précaires ne sont plus des agents sociaux. De proche en proche, ce pouvoir instruit ainsi des groupes sociaux comme n’étant plus des sujets du Droit français. Voir, hors de ces définitions du travail, des couches de la population qui redeviennent des citoyens de seconde zone, des indigènes, les petits-enfants des immigrés, pourtant français. Ce n’est pas seulement que la norme ancienne, bourgeoise, ait été suspendue ; la visée est plus terrible que cela : il s’agit d’éliminer purement et simplement ces groupes sociaux qui ne doivent plus appartenir à la Cité sinon comme ré-articulant la nécessaire trope de l’ennemi… L’un des moyens pour y parvenir est simple : la violence des exclus. Cette violence inacceptable, irrécupérable, hors norme, mise en perspective dans l’espace social par des discours qui, dans le même temps, ne lui trouvent aucune justification. On se souvient du Kärcher. La violence symbolique de l’Etat, avec l’Etat sarko, s’exprime désormais ouvertement. Le populisme noir des années 30 paraît de nouveau taillé à notre mesure !

med-precariteLe populisme noir pour ultime vérité d’un Peuple moins introuvable que dissimulé. Une pathologie sociale terrifiante pour bilan, où le monde des citoyens de la France d’en bas a lentement pourri. La France d’aujourd’hui ? Une foule tragique qui somnole. Du sommeil de la défaite. Une foule sans légitimité, forclose dans ses gestes de désespérés, qui ne rencontre pour écoute que le sociologisme d’intellectuels en proie eux-mêmes à leur manque de légitimité. Un vrai crime pour exclus que ce roman noir de la société française contemporaine. Un vrai crime d’Etat, ce dernier ayant depuis belle lurette tranché : qu’on se le dise, il ne protègera que certaines vies, définies sous le manteau de cet ensemble social qu’est le milieu politico-médiatique. La précarité de masse ? Ils s’en fichent. Le travail ? Une simple variable d’ajustement. Tout centime financier vaut mieux que la vie d’un travailleur. Et l’on ne nous demande sûrement pas de donner notre avis sur cette option fondamentale de la société française. Au mieux, le discours se fait technique : le Capital France relève du bon usage des techniques financières. Plus d’interdit : la vie humaine n’est pas sacrée et les médias actualisent cette ultime vérité - quel journaliste s’indignerait réellement du scandale de la misère en France ? Cette amoralité sordide qui ne veut accepter l’interférence d’aucune éthique entre les deux compères, le journaliste et le politique, masque tout de même de plus en plus mal qu’il y a réellement un cadavre dans le placard de la Nation française : celui de la France d’en bas, et que sous ce cadavre repose une plage, une vraie, où les nantis se dorent la pilule. L’horreur est à venir. C’est peut-être notre seul avenir commun ! Il suffit même de porter la main à l’oreille pour l’entendre croître sous la précarité de masse qui est aujourd’hui le vrai destin de la France. Superbe pied de nez à l’Histoire : la France d’en bas est ruinée par une certaine idée libérale de la Nation française ! "Ruinée" : cela dit assez que la France d’en haut ne fait qu’imposer un cheminement pseudo éthique à l’opinion : on demande aux plus désespérés de garder une conduite exemplaire ! Enorme mystification : car l’option morale est en fait une option politique au sein de laquelle l’intolérance est devenue la norme. Une norme institutionnalisée par l’Etat lui-même!joël jégouzo--.

Observatoire National de la Pauvreté et de l’Exclusion Sociale, rapport 2009-2010 :

http://www.onpes.gouv.fr/Le-Rapport-2009-2010.html

le rapport lui-même, en pdf :

http://www.onpes.gouv.fr/IMG/pdf/RapportONPES_2009-2010.pdf

Le Salarié de la précarité, de Serge Paugam, PUF, coll. Le Lien Social, mai 2000, 437 pages, ISBN-13: 978-2130508182.

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