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17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 07:42

classesdangereuses.jpgLa critique sociale, en France, a toujours peiné à comprendre, voire tout simplement à rendre compte du point de vue des dominés. Quand elle ne s’est pas faite méprisante à leur égard, confiscant leurs discours pour les retraduire et les aliéner sous des rationalités fallacieuses.

Pour être tout à fait clair, rappelons ici que ces mêmes sciences sociales ont, en France, servi de socle au modèle républicain qui nous encombre aujourd’hui et interdit de développer sur la société contemporaine un point de vue susceptible d’en comprendre les enjeux profonds.

Commodément, dans leur désir de faire abstraction de l’héritage colonial, ces mêmes sciences sociales, relayées par les sciences politiques, refusent toujours de voir combien les inégalités sociales s’enracinent dans un racisme dont la société française ne s’est pas affranchie. Il faut lire l’article d’Ahmed Boubeker (dans Rupture coloniales - De la société d’exclusion à l’éternel retour des classes dangereuses), pour en mesurer l’importance : l’accès à l’emploi, au logement, à l’instruction, à la reconnaissance sociale, etc., reste un mirage pour les sous-citoyens des banlieues. Un mirage occulté par les discours qui ont pris en otage ces banlieues, comme celui de leur dérive mafieuse, ou communautariste, discours qui ne font que réactualiser au fond un très ancien regard porté sur les opprimés, dès lors qu’il s’agit de fermer les yeux sur ce qui les opprime – celui d’un Louis Chevalier par exemple, sur les classes dangereuses. Un discours qui ne permet d'envisager le malaise des cités que sous les catégories du trouble à l’ordre Public, le virage sécuritaire que la France a prise à l’automne 2005 en témoigne.

dangerueusesPour Ahmed Boubeker, tant que la France refusera de regarder en face la dimension ethnique des inégalités sociales, qui se traduisent entre autres par une véritable ségrégation urbaine, et compte tenu du poids démographique des populations en question, elle ne pourra penser sérieusement son devenir. Et ce n’est pas la montée en puissance de la mémoire et de ses devoirs, qui accompagne une sorte de tournant dans la conscience française, que l’on décrirait volontiers comme tournant patrimonial, qui peut rassurer : que se substitue une conscience patrimoniale comme ultime rempart à l’invasion des hordes barbares, à la conscience nationale a de quoi, plutôt, sérieusement inquiéter…--joël jégouzo--.

 

Violences urbaines, violence sociale, genèse des nouvelles classes dangereuses, Beaud Stéphane, Pialoux Michel, Hachette, Poche, Mars 2005, 426 pages, EAN13 : 9782012792074.

Classes laborieuses et classes dangereuses, Louis Chevalier, éd. Perrin, Reprod. en fac-sim, Collection : Pour l'histoire, sept. 2002, 565 pages, 25 euros, , ISBN-13: 978-2262019372.

1ère édition : Paris, Plon, 1858, 567 pages, dont le point de départ, ne l’oublions pas, était une étude de la criminalité parisienne à l’époque de la Monarchie constitutionnelle.

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