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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 06:58

indignes-copie-1.jpgLa notion moderne de démocratie ne trouve pas son origine, contrairement à ce que l’on ne cesse de nous faire croire, dans l’imaginaire que l’on s’est construit de l’Agora de la Grèce Antique, favorisant l’émergence de la cité conçue comme dialogue. Le moment grec au demeurant, sous l’impulsion de Socrate et de Platon, avait pas mal verrouillé les conditions de ce dialogue en lui imposant une hauteur conceptuelle destinée certes à le soustraire au mauvais accord entre les interlocuteurs, mais surtout, raréfiant à ce point les intervention qu’il en réduisait le nombre à la part congrue des seules paroles candidates à l’appréciation politique, rapetissant de fait le discours public aux seules visées capables de clore ce prétendu dialogue en rabattant la masse sur le centre, en réduisant la diversité des vies à l’illusion de l’universalité.

Pas davantage trouve-t-elle ses origines dans le moment romain qui prétendait accomplir l’universalité laïque.

L’idée d’un gouvernement représentatif relève en fait du passé colonial britannique qui articula très tôt une conception aristocratique de la volonté commune. La conception européenne en hérita, s’affirmant elle aussi comme une conception disjonctive de la représentation nationale, avec en son sommet une prétendue élite seule capable de diriger le destin de la Nation, un gouvernement des hommes en outre compatible avec une vision fondamentalement inégalitaire des civilisations –la bonne conscience coloniale l’ayant massivement attesté jusqu’à nos jours, autant à Droite qu’à Gauche. Si bien que le déficit démocratique que l’on croit pouvoir dénoncer dans le monde d’aujourd’hui n’est pas, ainsi qu’on l’affirme à l’envi, un trait spécifique des régimes arabes contemporains, mais bel et bien, d’abord, celui des démocraties occidentales.

Au cœur de cette conception politique inégalitaire qui fut l’œuvre des élites, le thème démocratique s’est vu intégré dans un corpus philosophique d’inspiration essentiellement libérale, élaboré au XIXème siècle au sein d’institutions comme les universités et les académies des sciences morales et politiques. Ordre monétaire et économique, paix sociale en étaient les grandes composantes. Au cœur de cette édifice, son pouls le plus intime, la garantie d’une croissance illimitée favorisant le déploiement de l’ordre monétaire et économique. La croissance, objet central de la politique des démocraties avancées. L’obsession libérale d’imposer aux Etats une discipline est liée à cette croyance en une croissance illimitée tombant jour après jour comme une manne du ciel des marchés. Mais les marchés n’ont jamais été providentiels. Et la financiarisation des économies relève du crime d’Etat, tout comme l’idéologie de la méritocratie n’est qu’une fumisterie intellectuelle dissimulant mal l’idéologie de l’arrangement qui est la vraie nature du néo-libéralisme contemporain. --joël jégouzo--.

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Published by texte critique - dans Politique
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commentaires

eric Plassot 30/01/2012 13:53

Coucou Joël et merci car ces échanges sont intéressants.
Comme je l'ai dit je comprends tout à fait ton approche et la manière dont tu l'a traité. j'évoquais juste qu'il y avait d'autres fenêtres possibles ouvrant sur une ou des explications possibles
sur les formes de pouvoir leur genèse et aussi leurs actuations par l'adhésion explicite ou implicite. Quant à l'aspect énergivore des luttes et ce qui me parait évident, c'est qu'envisager les
choses en termes opposés ne fait qu'entretenir et exacerber ces opposés, ce qui du coup les fait persister, alors que l'objectif recherché est de créer une alternative. bref je peux expliquer
d'avantage ce processus si tu le souhaitais.
D'autre part, ce que j'aime, et tu le remarquera dans ce commentaire ou dans le précédent, c'est de s'ouvrir à d'autres points de vues car je me sens enrichi. C'est pourquoi je crois beaucoup plus
dans un processus intégratif de tous ces points de vues différents, pour mettre en relief l'aspect multidimensionnel des choses. et le fait de mettre ces points de vues en commun peut permettre
l'émergence d'une sorte d'intelligence collective nous permettant de dépasser et transcender les approches individuelles. Et c'est passionnant n'est-il pas ? Merci Joël et au plaisir.

texte critique 30/01/2012 14:42



merci eric, il faudrait pouvoir converser ailleurs, parce que je ne croies pas que ces commentaires soient bien lus... et c'est dommage ! Il y a bien sûr d'autres fenêtres possibles sur les
formes du pouvoir. relire Foucault, Luhmann et biend 'autres, à commencer par Benny Lévy justement, ou Arendt. Tu auras compris que ce qui m'intéressait, c'est de poser la question du pouvoir tel
qu'il s'affirme aujourd'hui dans notre société, placée désormais pas loin du pied du mur... Ils 'agit au fond d'inventer le récit qui rendra justice d'une nouvelel vision politique du monde.
Pas de s'opposer, encore que la dénonciation soit, aujoourd'hui féconde. Tu remarqueras par exemple que je ne suis pas dans une opposition à tel ou tel, mais dans une réflexion qui me conduit à
n'être ni d'un côté, ni vraiment de l'autre. Pas de Hollande versus sarkozy dans mon propos, si tu suis le fil des articles que je peux écrire. j'ignore ce qu'ets un point de vue intégratif, en
revanche, je n'essaie pas de synthèse, mais de défricher des pistes. on devrait poursuivre ce dialogue publiquement il me semble... mais où ?????



Plassot 26/01/2012 17:04

salut Joël,
chez le dormeur j'ai mis ça :
Si je résume, la démocratie représentative serait directement inspirée des modèles aristocratiques, et mettrait toujours en exergue une élite en situation de diriger, mais avec l'artifice, la
justification de la représentativité. Ce groupe d'élites aurait donc intégré une dose de démocratie dans leur structure de pensée. Et du coup, si je m'en réfère au titre "Démocratie, un projet
inachevé", cela signifierai que le projet démocratique n'est pas abouti...et à aboutir.

C'est un point de vue intéressant dont l'approche, si j'ai bien compris, est centrée sur l'influence de certaines élites sur d'autres, qui va intégrer le fait démocratique dans son idéologie. C'est
donc un point de vue centré sur les élites.
D'un point de vue méthodologique, une autre approche serait de considérer le fait élitiste en perspective ou en relation avec un contexte plus global.On peut en effet penser que l'émergence d'une
forme ne se fait pas ex-nihilo, à moins d'avoir affaire à une génération spontanée, et donc on peut étudier les liaisons de façon plus globale et systémique. La question que je me pose par exemple
c'est, quelle est la pensée dominante du substrat populaire et comment il se représente lui-même au sein de son système de croyances. Autrement dit est-ce qu'il n'y aurait pas là aussi une racine
possible de l’émergence d'une forme de pouvoir, pouvoir serait la projection de cette croyance. Il me semble évident, d'un point de vue systémique, qu'il y a de possibles corrélations entres les
groupes, qui pourraient être le reflet d'une pensée globale. Ces corrélations sont bien sur à étudier et je ne ferais pas ici. Pour lancer des pistes, je pense par exemple ici à la corrélation
possible entre la conception de la structure familiale dans la croyance populaire et le fait élitiste, pris comme une modalité relationnelle qui serait elle même disjonctive par exemple. Dans ce
cas la forme gouvernementale serait la concrétisation d'un état de pensée déjà dominant. Quand je vois par exemple, à l'heure actuelle, la pensée très paternaliste de la corporation médicale dans
son ensemble, corporation qui est investie d'un certain pouvoir dogmatique, avec en miroir une clientèle qui nourrit le fait par son adhésion consciente ou inconsciente. J'ai parfois assisté à des
scènes de personnes qui s'en remettent entièrement au système, celui-ci étant implicitement accepté comme l'autorité. Quelque part il y aurait là comme une structure rassurante pour conjurer des
peurs. Il s'agirait donc d'une adhésion consciente ou inconsciente au phénomène pouvoir. Le paradoxe c'est que l'inverse est aussi vrai, parce que le fait de réfuter une chose comme l'autorité,
c'est y accorder de l'énergie dans nos structures mentales, qui se reportent dans le physique par des attitudes réactionnelles, tant dans notre corps que celui du corps social. C'est le jeu des
forces et contres forces qui s'alimentent l'une l'autre dans une surenchère qui exacerbe, démultiplie le fait tant redouté. Observez cette stratégie que l'on a de vouloir éradiquer le mal, qui se
personnifie de moulte façons, comme celui d'emprisonner les délinquants ou de les supprimer, d'arroser nos champs avec des insecticides, de canarder les bactéries avec des antibiotiques. Résultat
est-ce efficace ? Non ; le camp "adverse" adopte des stratégies inverses qui lui garantissent sinon la protection, sinon l’innocuité. C'est le propre des phénomènes vivants de s'adapter pour
survivre. Cette façon de penser serait donc tout aussi prégnante dans le rapport à l'autorité et son émergence dans le concret.

Cette approche me semble importante à l'heure actuelle, parce que c'est une démarche responsabilisante : j'ai un domaine où je peux intervenir directement en commençant par observer ce que je
cautionne explicitement ou implicitement, comme nous venons de le voir. Mes actions seront donc parfaitement alignées et concentrées sur la poursuite d'objectifs vertueux d'un point de vue
collectif, sans que malgré moi une part non négligeable de mon énergie s'échappe et s'épuise à lutter (les résistances sont très très énergivores ! Voyez la facture des radiateurs à
résistance.).
Et au final avec la mise en place d'une démarche intégrative, responsable et agissante, d'abord dans notre propre sphère conceptuelle, puis en projetant celle-ci dans des réalisations toutes plus
intégratives et unifiantes les unes que les autres, et bien je ne doute pas que le projet démocratique aboutira à leur suite.
Eric.

texte critique 30/01/2012 10:29



bonjour ami éveillé ! j'avoue que ce commentaire me laisse perplexe... Tout d'abord, à l'évidence, j'ai centré mon propos sur la question du pouvoir politique et de son statut dans le cadre d'une
réflexion historiosophique disons. je n'ai aps pensée ex-nihilo la question de la confiscation de ce pouvoir politique par els élites, mais en le replaçant dans un contexte historique, d'un point
de vue justement plus global, qui est celuid e la fabrique du pouvoir dans les sociétés européennes. je n'ai aps cherché par exemple à le penser dans un autre cadre, ni cherché à remonter plus en
maont sur la question philosophique cetet fois de la nécessité du politique dans l'ecclésia par exemple, pour le dire vite. je n'ai aps non plus cherché à évoquer les expériences populaires du
pouvoir politique : il existe de sjournaux passionnant de ce point de vue, comem ceux du Mayflower, de spremiers migrants aux Amériques, que l'ond evrait consulter sur la manière dont ils ont
conçu la cimentation politique de cette communauté immigrée qu'ils formaient. Ond evrait aussi se pencher sur les archives des premières républiques démocratiques primitives, en islande par
exemple, et ailleurs. Pour ec qui est d'une approche systémique de la question du pouvoir dans les sociétés contemporaines, le cadre imparti apr ce genre d'article ne le permettait tout
simplement pas. je te renvoie à d'autres articles que j'ai pu écrire sur le sujet, une suite d'une dizaine autour de la pensée politique de Luhmann par exemple. Enfin, j'avoue que ta proposition
de penser d'un point de vue vitaliste les énergies consommées dans la lutte politique me paraît très floue, du point de vue même des méthodes et des modèles conceptuels que tu vas devoir mettre
en oeuvre pour y parvenir... 



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