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16 janvier 2010 6 16 /01 /janvier /2010 14:13

descartes.jpgAristote. Dans sa seconde analytique (II,19), l’Archê advient sur fond de déroute : c’est du Chaos, par une volte, qu’il surgit. Un surgissement qui tient tout à la  capacité de l’UN à imposer une inertie, voire un engourdissement au Chaos, pour juguler la panique qui se fait jour.

Par parenthèse, Freud employait la même métaphore qu’Aristote de l’armée en déroute pour rendre compte du lien social. Le sujet freudien se construisait ainsi sur fond de débandade, mais c’est une autre histoire…

 

Descartes, dans sa Première Méditation, suit les mêmes réductions qu’Aristote. Celles qui mènent au Chaos, au sans-fond, à la Mixis, et qui contraignaient Aristote à opérer à un déplacement pour fonder l’être comme substance. Plutôt que d’opérer à un tel déplacement, Descartes procéda, lui, à un retournement : à la pointe du doute le fondement surgit du Chaos. Mais c’est un fondement qui ne fonde rien : ce qui est à l’origine demeure l’An-Archê. Ne reste que le secret espoir que la surrection de l’UN au cœur de la panique stoppe la panique. Espoir pieu, littéralement et métaphoriquement, car l’ego cartésien n’arrive pas à s’établir assez en lui-même pour conjurer à jamais cette panique. Il reste dès lors renvoi constant du fini à l’infini, de l’ego à Dieu qui lui donne son être, et s’est retiré dans cette donation (la déposition). Le sujet cartésien, identifié comme sub-jectum (sous-jacent), donne pourtant l’illusion de rassembler son essence. Ne vit-il pas du reste de cette illusion ? Mais cette illusion est très vite recouverte. C’est pourquoi Dieu vient à point le soutenir dans ce moment de panique.

Que signifie donc cette indigence ? L’ego n’existe dans Descartes qu’infiniment altéré par le Tout Autre qui est en lui. De fait, son origine lui est déniée, raturée, ajoutait magnifiquement Jacob Rogozinski quand il l’évoquait. Si bien que ce sujet de la métaphysique cartésienne recèle l’inquiétante étrangeté du sans-fond au fond de lui. Déposée, sa fondation devient en réalité un effondrement. Et il n’existe aucun point de certitude qu’il puisse atteindre, se condamnant de la sorte à revivre éternellement sa panique originaire.—joël jégouzo--.

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