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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 05:22

gargouille.jpgL’Homme surgi des méditations cartésiennes est solitaire, inachevé.
Cet inachèvement devient sa matière même, qui le contraint au recours à la nécessité : dès la Deuxième Méditation, le cogito est fondé en Dieu, sans autrui, sans durée.
Dans cette solitude égologique, il ne peut compter que sur une seule certitude : il sait qu’il pense.
Mais il ne sait pas où…
Car tout le reste est demeuré dans les Ténèbres : autrui, la durée, Dieu lui-même.
L’ego de la deuxième Méditation est d'une certaine manière autiste.
Ce n’est qu’à la Sixième Méditation que Dieu le réassure dans un environnement, à commencer par le sien, immédiat : sa corporéité.
Tout se joue alors, comme l’expliquait magnifiquement Rogozinski, dans la césure qui sépare les Méditations deux et trois : dans la Deuxième, l’ego est sujet, dans la Troisième, Dieu le précède.
Il y a ainsi une faiblesse ontologique du sujet cartésien, qui n’arrive pas à se fonder comme sujet, parce qu’il n’arrive pas à s’assumer dans la durée. Le cogito est intermittent de son propre spectacle. « J’existe, mais combien de temps ? Autant que je le pense » (2ème Méditation). Car dès que je cesse de me penser, je ne suis plus certain d’exister… Dans la brèche de la durée surgit le menace d’un Dieu trompeur. Peut-être le Temps est-il finalement plus puissant que le Malin…
Le cogito doit s’affirmer comme rassemblement, mais il ne parvient à se focaliser qu’en un point qui ne cesse de se dérober. De sorte que l’ego devient la proie d’un Autre.
A moins qu’un seul instant suffise à l’assurer dans son évidence, comme les modernes ont voulu le croire : cogito ergo sum. A moins qu’il ne s’agisse d’une vaste fumisterie, car pour penser, il fallait déjà être (ergo), si bien qu’il connaissait la conclusion de tout cela avant même de s’en poser la question.
Nietzsche, avec malice, se demandera de quel droit l’on peut énoncer que c’est moi qui pense, dans cet intitulé cartésien. Sinon d’un droit purement formel : celui d'une opportunité langagière. Si bien qu’il finira par se demander si des fois Descartes ne serait pas resté prisonnier des mots, et nous avec : tant que nous croirons à la grammaire, l’ego devra se réclamer du secours divin. Mais si, ainsi que le reformulait Lacan, j’étais où je ne pensais pas et je pensais où je n’étais pas ?


Image : John Taylor Arms (American, 1887-1953), Le Penseur, Notre Dame, 1923.

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Published by texte critique - dans IDENTITé(S)
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doyelle 21/12/2012 13:19

Oui, purement formel .... mais c'est précisément de cette Forme que tout est possible ; c'est du reste ce qui s'est réalisé ensuite. A partir de Descartes tout le reste qui suivit, est
possible...
De même, parce que formel, le sujet cartésien n'est pas atteint par l'inconscient ; c'est l'inconscient qui est entraîné dans le sujet formel, le sujet de la science. Le suejt en vient à exposer
(au-devant de lui) toutes ses contingences comme ses causalités ; il produit l'exposition de tout ce qui le précède.
De même encore, oui, le sujet est isolé ; mais c'est un fait....

texte critique 21/12/2012 15:38



Merci pour ce commentaire. Dans le même temps où je publiais cette courte réflexion, je me faisais les mêmes remarques, réservant pour une autre fois de développer l'idée cet horizon libérer par
le caractère purement formel de l'ego cartésien.



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