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26 mars 2013 2 26 /03 /mars /2013 05:33

 

hitler-mussolini.jpgDix-sept rencontres au total, longues de plusieurs jours la plupart du temps, en présence des militaires de haut rang des deux Etats, de Ribbentrop, du comte Ciano et de l’interprète Paul Otto Schmidt : Hitler ne parlait qu’allemand (et quel allemand !), tandis que Mussolini, sans le parler couramment, parvenait à se débrouiller dans la langue de son homologue. Dix-sept rencontres qui montrent à quel point les deux hommes auront été liés, d’une amitié bien réelle, même si elle peina à démarrer.

Les sources sont officielles. Celles des PV de retranscription tout d’abord (dix à quinze pages chaque fois) qui ne laissent guère deviner l’atmosphère et l’émotion de ces rencontres. Mais Pierre Milza a su bien évidemment exploiter toutes les autres sources disponibles pour restituer ces entrevues au plus près de leur authenticité. Celles des archives diplomatiques des deux pays, les notes sténographiées des présents et surtout leurs journaux et mémoires, qui laissent filtrer beaucoup d’informations, en particulier le Journal du comte Ciano, toujours très explicite et direct.

La première rencontre eut lieu du 13 au 16 juin à Venise. Hitler voulait Rome, Mussolini imposa Venise, où se tenait la Biennale, capitale culturelle donc et symbole de la résistance italienne aux allemands et aux ottomans. Mussolini n’avait guère de considération pour Hitler, qu’il trouvait grotesque, parvenu, et quelque peu obséquieux. Ce dernier avait fait des pieds et des mains pour obtenir de Mussolini l’affiche dédicacée de son portrait, Mussolini avait pris grand soin de ne pas satisfaire trop vite son attente…

Mussolini triomphe donc, et attend plein de morgue le petit allemand, en grande tenue militaire d’apparat, uniforme noir impeccable, bottes en cuir à éperons. Hitler sort de son avion en civil, dans un costume avachi, en imper mastic, un pantalon trop long qui balaie la poussière du tarmac et des chaussures défraîchies. Le comte Ciano n’en croit pas ses yeux… Blanc comme un linge, très, très impressionné par Mussolini, il donne l’impression d’un petit garçon endimanché.

hitler-seeing-mussolini-off-from-the-trainL’enjeu géopolitique de cette rencontre, c’est bien sûr la question de l’Autriche que Mussolini veut placer au cœur de leurs causeries. Il redoute son annexion et fait savoir sans détour qu’il n’en veut pas. Hitler rassure, ment, s’en tire par des pirouettes.

Les entretiens eux-mêmes, dans leur déroulement, ahurissent les observateurs italiens, qui doivent subir la faconde débridée de Hitler, un déluge de propos insensés entrelardés de longues digressions crétines… L’une d’entre elle, sur la supériorité de la race aryenne, agacera au plus haut point Mussolini. "Hitler ? Ce polichinelle !", commentera-t-il sans réserve. "C’est un fou ! Un obsédé sexuel"…

La seconde rencontre aura lieu en Allemagne, du 25 au 30 septembre 1937. Hitler veut impressionner Mussolini. A Munich et Berlin, les préparatifs sont grandioses. Hitler est aussi aux petits soins et veille personnellement sur le confort de son ami. Sur les plages de la Baltique, son armée attend de pied ferme pour présenter le plus grandiose spectacle jamais offert à un chef d’Etat européen. Des milliers de fusils, de mitrailleuses, de canons sur rails vont déchaîner un spectacle de pyrotechnie sans précédent. Mussolini découvre alors stupéfait la force de frappe allemande et prend conscience, immédiatement, de la supériorité militaire et économique de l’Allemagne. L’apothéose berlinoise change ensuite définitivement la donne : Hitler est devenu le destin de l’Europe, ou peu s’en faut.

03-hitler-e-mussolini.jpgMussolini voudra lui rendre la pareille l’année suivante à Rome, mais il sait qu’il ne peut rivaliser avec lui. Il est inquiet, humilié, doublement parce que le protocole veut que ce soit le petit roi italien qui reçoive Hitler et non lui, et parce ce que le colonel Horsbach, maître idéologue de l’espace vital allemand, vient de poser la date de 1940 comme celle de la réalisation du rêve allemand. Mussolini sait désormais que la question autrichienne est scellée : les instruments de la politique d’agression de Hitler sont en place, au grand jour.

Septembre 1938, Hitler reçoit Mussolini à Munich. La fameuse conférence, où l’on voit un Hitler agacé parcourir les couloirs à la hâte, pâle, irrité au plus haut point, méprisant comme jamais face aux représentations diplomatiques, en particulier face aux français, dont le Chef du Conseil, l’idiot, a égaré ses documents juste avant d’entrer dans la salle de conférence… Hitler reçoit cette fois Mussolini sans protocole, parlant seul, sans cesse, improvisant, trivial, arrogant, sûr de lui : il est à présent Le maître du jeu. Rien ne doit s’opposer à sa volonté. La suite, on la connaît…

  

 

Conversations Hitler – Mussolini (1934-1944), Pierre Milza, éd. Fayard, janvier 2013, 408 pages, 24 euros, ISBN-13: 978-2213668932.

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Published by texte critique - dans essais
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