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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 09:20

espagne-reve.jpgIl faut changer la société, nous dit Pierre Rosanvallon. La Gauche ne peut se contenter de corriger à la marge. Ce à quoi elle incline pourtant, nécessairement, par souci de real politik quand il s’agit avant tout de débarrasser le pays du dispendieux, du funeste Nicolas Sarkozy, quand il s’agit avant tout de rétablir les comptes de la Nation, d’éponger une dette colossale dont on voudrait nous rendre collectivement responsable quand elle n’est que le fait d’une poignée de nantis. Il faut économiser, payer, se sacrifier encore nous promet-on à mots feutrés, tant les dérives du règne sarko auront été monumentales. Au risque d’oublier que la citoyenneté ne peut plus se résumer au vote, à ces journées de dupes de l’urne propriétaire, qui n’a cessé dans notre beau pays de cristalliser cette communauté d’épreuve qu’est devenue la société française.

Comment faire vivre l’idéal démocratique quand le monde politicien n’a cessé d’instruire une citoyenneté politique rapetissée à la votation, au détriment de la citoyenneté sociale qui est là où blesse le bât sous les coups de butoir de l’injustice et des inégalités ? Il y a eu, nous dit Pierre Rosanvallon dans son dernier essai, une spectaculaire rupture du contrat démocratique en France. Une rupture installée par le haut, par un personnel politique plus soucieux de ses privilèges que du Bien Commun, mais à laquelle semble-t-il nous dire, la Nation a elle-même consenti. Un consentement à l’inégalité qui aura fait les (quelques) beaux jours de Sarkozy. Une France convertie à la passion de l’inégalité sous couvert d’une méritocratie qui n’était qu’une légitimation méritocratique des inégalités à la française –voyez la carte scolaire, voyez la conversion des bobos à leur identité résidentielle. Une France qui aura accepté l’affaissement des représentations traditionnelles du juste et de l’injuste. Rosanvallon use de mots forts pour en parler, évoquant la dénationalisation de notre pseudo démocratie, où depuis belle lurette les riches ont fait sécession et les politiciens renoncé à empêcher que naissent de véritables ghettos dans les banlieues –voir à ce sujet le rapport d’une commission parlementaire publiée sous le manteau et aussitôt escamoté dans les archives poussiéreuses de l’Etat, sans susciter le moindre débat alors qu’il livrait des conclusions littéralement stupéfiantes de notre représentation nationale, Droite Gauche confondues…

tunisie1.jpgFaire vivre l’idéal démocratique, dans ces conditions… Nous sommes loin du printemps des révolutions arabes, inventant des procédures quasi physiques de votes délibératifs, réactualisant ces fêtes qui transforment les individus en citoyens…

Il semble pourtant qu’ici et là on ait pris la mesure du vrai écueil de la société française : il faut trouver des réponses sociales pour surmonter la crise, financière, économique, politique, qui secoue notre société. Des réponses sociales, c’est dire quelle importance revêtira alors dans le parcours qu’on nous inflige vers l’urne propriétaire, l’articulation de l’idéal démocratique aux conditions institutionnelles de son effectuation… Mais on a guère entendu les politiques s’exprimer sur les formes techniques que devrait prendre le bon gouvernement des hommes. Or, c’est là qu’il faut agir. Il faut transformer le fonctionnement de la machine gouvernementale. Le triomphe de l’économie ET du gouvernement sur tous les autres aspects de la vie sociale sont insupportables. Il faut toucher à l’ordre fonctionnel de la République, l’enjeu décisif étant le fonctionnement du dispositif gouvernemental. Oui, le gouvernement des hommes est bien l’enjeu majeur de la souveraineté politique, ainsi que l’avait très bien cerné Foucault. L’acte de gouvernement ne peut pas ne pas inclure la liberté des gouvernés. L’Administration Publique ne peut être ce Moloch qu’on nous a imposé. L’idéal démocratique du Peuple Constituant est l’exacte contraire de la pratique du vote secret. Si bien que ces utopies politiques que l’on a vu fleurir au travers du mouvement transnational des indignés par exemple, ou du printemps arabe, ne peuvent être simplement décriées comme les vestiges obscurs déposées sur le rivage d’une civilisation en perdition, auxquels des idéalistes feraient retour nostalgiquement. La Nation, sans la vie publique du Peuple, est-elle possible ? Qu’est au demeurant cette vie publique du Peuple quand elle passe sous la coupe de l’Opinion Publique, sinon la forme contemporaine de l'Acclamation que les médias ne cessent de promouvoir comme une liturgie bien perverse qui vient de nous coûter, déjà, le règne obscurantiste d’un Sarkozy ? Ne livrons plus le pouvoir politique aux mains des experts ou des médias. La Politique est une sagesse, non une science, qui commande d’interroger sans cesse les techniques de gouvernement et de pouvoir, si souvent fatales à l’idéal démocratique. –joël jégouzo--.

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Published by texte critique - dans Politique
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