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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 04:59
desanti-copie-1.jpgLa question fut posée à Jean-Toussaint Desanti en 1986, au cours de l’émission proposée par Jean-Luc Guichet à France Culture, dans le cadre de l’émission Les Chemins de la connaissance.
Elle revenait à ses yeux à poser tout d’abord moins la question du savoir que celle du désir : que désirer savoir ? Voilà la question. Et quant au philosophe, lui qui désire tant savoir, voudrait plutôt saisir une vue satisfaisante et fondée sur les choses, tout en acceptant de ne jamais vraiment y parvenir. De ce point de vue, n’importe qui peut aussi bien philosopher, dès lors qu’il accepte d’affronter certaine inquiétude de l’être, dont celle d’être face aux autres, face à soi, au monde. Pour autant, l’on n’est pas philosophe d’avoir su aller au devant d’une inquiétude qui devrait à ses yeux être universellement partagée. Devenir philosophe suppose autre chose encore : une accointance avec le chemin que la philosophie a patiemment mûri tout au long des siècles. Une accointance que l’on ne peut gagner que d’avoir su rencontrer tout d’abord de l’écrit, de la parole, des êtres, des visages. Car avant même d’entrer dans le chemin de la philosophie, il faut avoir su faire ces rencontres décisives. Ensuite seulement l’on essaiera de rencontrer ces textes, ces paroles, ces êtres, ces visages, qui se montrent pour philosophiques. Les rencontrer, c’est-à-dire entendre ce que la philosophie a à nous dire. Dans une relation personnelle, intime. Il faut en effet qu’elle puisse s’adresser à nous, confie Desanti. Elle peut bien sûr s’adresser de mille façon à soi, mais il faut qu'elle s’adresse, qu’il y ait une adresse. Alors, lorsque l’on est sensible à cette adresse, on peut enfin s’engager sur son chemin. Certes, on peut ensuite en rester au stade culturel. Aimer lire les philosophes, aimer leur fréquentation, sans l’être soi-même. Ou bien la professer. On ne devient philosophe qu’au moment où l’on éprouve l’exigence irrépressible de refaire ce qui a été fait déjà, de creuser un sillon déjà défriché.
desanti-flambeur.jpgOn a son philosophe en quelque sorte, portier d’une aventure unique, qui tout à coup vous bouscule. Un texte suffit, qui étonne et inquiète. Curieux comme Desanti met en avant l’inquiétude dans cette histoire. Et le langage. Comment cela peut-il se dire ? Comment cela s’est-il énoncé ? Comment cela pourrait-il s’énoncer autrement et ce faisant, quelles portes s’ouvriraient alors, quel nouveau chemin de pensée ?
La formation, elle, est institutionnalisée. Il n’en a pas toujours été ainsi : les philosophes de la Grèce antique ont parcouru un autre chemin. Pourtant le leur aussi était balisé par des écrits, des discours qui concernaient déjà les modes d’être des hommes dans leurs lieux : ceux de la mythologie. Un corpus au sein duquel il ont logé leurs pas. C’est cela la philosophie à ses yeux au fond : un mode d’installation dans le savoir. Ensuite il s’agira de produire de la philosophie. Car la philosophie se produit, s’exhibe, se montre, se risque dans une autre forme qui l’identifie clairement : le philosophe doit être dans sa parole, qui devient quelque chose de plus collectif, de plus dialogique au fil du temps. L’identité culturelle du philosophe se constitue dans l’échange, dans le heurt à l’autre. Il doit donc accueillir ces réponses autres, sous peine de disparaître. La philosophie est toujours affaire d’altérité.
Son chemin à lui, Desanti le révèle sans façon : Bergson éveilla son désir de se mettre en posture de comprendre la façon dont il avait conscience. Une invitation à se réapproprier sa conscience. En se posant la question de l’accès à la vie intérieure : de quoi dépend cet accès ? Comment sommes-nous installés dans le flux de la vie ? La rencontre avec Merleau-ponty acheva d’en faire un philosophe. De Merleau-Ponty, il apprit l’exigence de ne jamais dire une chose dont on ne puisse comprendre pourquoi elle est là et comment elle s’adresse à nous. Vinrent ensuite les mathématiques. Une histoire que d’autres avaient commencée, qu’il reformula d’abord en partant d’un questionnement simple, essentiel : pourquoi les hommes ont-ils eu besoin d’utiliser ce détour par la mesure, par la démonstration ?
 
 
Jean-Toussaint Desanti, L'anthologie sonore (enregistrements 1969 - 2000), Frémeaux & associés, 3 Cd-roms, réf. : 3561302523927.

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Published by texte critique - dans essais
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