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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 04:39

coetzee.jpgTroisième volet de l’autobiographie fictive de Coetzee, confiée ici à un jeune universitaire chargé de collecter des témoignages sur l’auteur qui atteint la trentaine et fait retour au pays natal, retrouvant son père vieillissant dans sa maison délabrée du Cap.

Nous sommes dans les années 70. Les menaces se sont accumulées aux frontières, tandis que la situation intérieure s’est délitée un peu plus. Des extrémistes tentent d’entretenir la flamme de la civilisation occidentale à coups de discours sécuritaires fanatiques. Certes, l’Etat sécuritaire prend ici sa tournure la plus obsédante. Mais déjà en pure perte : il n’existe pas d’Etat qui puisse se faire durablement sécuritaire. Il n’y a que des discours fielleux dont le seul vrai objet, dissèque avec son talent habituel Coetzee, est d’attiser les haines. Les harangues des blancs s’exhibent ainsi comme un bluff meurtrier tarissant les forces vives de la nation. Et ceux qui voudraient mener la police comme un chasseur sa meute, finissent dans un show minable leurs gesticulations abjectes –on en sait quelque chose en France.

Les chapitres alternent, des femmes témoignent de ce dont elles perçoivent de cet homme tour à tour amant de fortune, bricoleur à la manque, professeur à temps partiel qui aurait aimé se faire bouddhiste pour tuer en lui le désir et la souffrance, le tout encadré de fragments de textes, de notes personnelles de l’écrivain, de considérations sur la littérature et le monde. Une accumulation qui finit par décrire un univers blanc fermé sur lui-même, tournant en rond dans une circulation malsaine de ses désirs. Les seventies, barricadées dans leur logique de l’illicite-licite, ployant tout de même sous la poussée, sinon l’échappée belle des femmes, débandant littéralement l’autobiographie de Coetzee pour la confondre dans le nœud des biographies qui l’ont fécondée. Jusqu’à ouvrir une brèche dans ce récit, chausse-trappe peut-être, de celui qui découvre tout à coup le sentiment de sa propre fin. Et c’est un peu ça, ce livre, écrit comme dans l’intuition d’une tragédie dépourvue de tragique. Parce qu’une lassitude habitait déjà cette révélation, celle, tout à la fois commune et personnelle, des enfants d’Afrikaners qui ne croyaient plus en leur histoire et savaient qu’il ne leur restait que l’indécence à piller le monde noir.

 

J.M. Coetzee, l’été de la vie, éditions du seuil, août 2010, traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par catherine Lauga du Plessis, 320 pages, 22 euros, isbn : 978-2-02-1000290.

 

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