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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 05:09

 

 

nuit-chestov.jpgUne lecture de Pascal intelligemment problématisée sur son caractère profondément paradoxal, pointant sans concession l’embarras qui constitue l’horizon de cette œuvre, embarras qui est, à tout prendre, le seul lieu depuis lequel une pensée authentique  puisse s’énoncer.

Pascal comme Macbeth, voulait tuer le sommeil. Jugement monstrueux quand on y songe, dans l’esprit d’un penseur convaincu que seule l’insomnie guette en vérité celui qui fait vœu de rester éveillé… Aucun soulagement donc, dans cette philosophie du fragment, persuadée qu’on ne peut chercher de certitude que dans l’impossible, et que l’ineptie est le camp de Dieu…

Aucun soulagement dans cette philosophie poussant aussi loin qu’il est possible les pouvoirs de la Raison, pour l’humilier in fine, et s’amuser de ce qu’au vrai, personne ne s’intéresse vraiment à la vérité. « Nous courons sans souci dans le précipice après que nous avons mis quelque chose devant nous pour nous empêcher de le voir» (Pascal) –la Raison, aussi bien.

Quelle manière étrange, en effet, de suivre les philosophes que celle de Pascal, moquant Platon qui ne cesse d’ouvrir plus de chausse-trappes sous les prouesses de la Raison que de raison, pour offrir au final une voie royale au mythe. Le retournement auquel Pascal procède, nous dit Chestov, c’est de se monter en fin de compte indifférent aux idées, quand la Grèce antique, elle, ne savait se montrer indifférente qu’au réel.

L’autre paradoxe qui le retient est celui de la question du Moi, dont nous n’avons retenu que la haine apparente que Pascal semblait lui vouer. C’était mal le comprendre, affirme Chestov, quand Pascal ne s’en saisissait que pour tordre le cou à la morale, dont il voyait la place à l’étable, elle qui porte au plus haut point la haine du moi humain. Le moi est haïssable, certes, mais il est indomptable, affirme Pascal, comme un événement qui ne cesse de surgir, capricieux, irrationnel, et le seul à pouvoir dissiper la torpeur dans laquelle nous plonge la vérité mathématique.

Pascal lui préférait l’âme, ce moi infirme, infime, dont le salut est pourtant à ses yeux l’incarnation de toutes les absurdités admises…

On le voit, Pascal n’est pas de tout repos. Et ses pensées sont bien une description de l’abîme dans lequel nous plonge la nécessaire désobéissance au souverain autocrate : la Raison.

 

 

Léon Chestov, La nuit de Gethsémani, essai sur la philosophie de Pascal, traduit du russe par J. Exempliarsky, édition de l’éclat, coll. Eclats, août 2012, 128 pages, 8 euros, ean : 978-2841622887.

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Published by texte critique - dans essais
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