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25 septembre 2012 2 25 /09 /septembre /2012 06:27

fauxbras.jpgLes éditions Allia publient le Journal (1939-1944) de César fauxbras (Gaston Sterckeman de son vrai nom). Une première en France pour cet écrivain dont, jusqu’à aujourd’hui, aucun des "grands" éditeurs français, de Gallimard à Denoël et pour toutes sortes de raisons plus pitoyables les unes que les autres (en appendice, leurs lettres de refus qui valent leur pesant de cacahuètes), n’a voulu publier quoi que ce soit (même dans les années 1980…), textes, romans, essais, journal… Un black out total pour cet homme trop virulent à leur goût, observateur résolu du grand barnum français d’alors. Une lamentable omerta au final, tant son Journal, par exemple, se présente comme l’une des critiques les plus instruites de cette (f)rance dont l’histoire, décidément, est loin d’être circonscrite.

Tout y passe donc dans ce Journal et par le menu encore, du prix des denrées aux pratiques du marché noir, en passant par le personnel politique de l’époque et son insondable bêtise, jusqu’aux épatantes déclamations des écrivains qui leur emboîtèrent le pas pour faire avaler aux français les couleuvres invraisemblables de la Drôle de Guerre, quand les uns et les autres redoublaient de pédagogie pour vendre leur paix de rapine.

La veulerie de l’époque s’étale alors comme jamais, César Fauxbras ayant eu la bonne idée de consigner dans son texte les déclarations radiophoniques de cette élite brocantée. Un concours de bêtise assurément, mais à front de taureau, la bouche toujours pleine du gros mot de "devoir" entièrement vidé de sa substance.

Ce qui frappe en outre dans ce Journal qui ne cesse de prendre le pouls d’une époque passablement servile, c’est l’anti-communisme féroce qui y régnait, la bourgeoisie parisienne aux avant-postes de cette guerre commode (à vaincre sans péril, on triomphe à tous les coups), paradant dans les cafés à la mode pour clamer qu’elle préférait voir Hitler gagner plutôt que les bolcheviques.

Quant à la presse, dont l’auteur nous livre presque chaque jour une revue de détail, quelle surprise d’y trouver dès 41 des polémiques sur la question des camps de concentration destinés aux juifs, non pour les condamner bien évidemment, mais pour chacun, Doriot en tête, asseoir auprès des nazis son allégeance.

On ne peut qu’être frappé également par la maladresse de la propagande, annonçant jour après jour la défaite imminente de l’Armée Russe pour en tenir encore le lendemain le fil usé jusqu’à plus soif…

Tout y est donc. Des arrestations au jour le jour des résistants ou de simples citoyens improvisant leurs gestes de résistance, aux attentats et autres coups de main en plein Paris contre l’occupant nazi. Tout, y compris la recension des prix littéraires, Renaudot et Goncourt s’illustrant pour l’éternité par leur sens achevé d’un opportunisme frappé au sceau de l’ineptie.

Ne manque pas même la sinistre Rafle du Vel’ d’Hiv’, dont César Fauxbras nous assure que tout le monde parle, qu'elle est l’événement le plus visible qui soit, "toute la police (ayant) été mise sur pied pour cette opération". Il n’est pas même Drancy qui ne soit méconnu, avant qu’une chape de plomb savamment orchestrée ne vînt en clore le nom…







Le Théâtre de l’Occupation, de César Fauxbras, Nouvelles dictatures européennes et Seconde Guerre mondiale dans la guerre moderne (1939 – 1945), éditions Allia, avril 2012, 224 pages, 9,10 euros, ean : 978-2-84485-430-8.

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Published by texte critique - dans essais
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