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16 mars 2015 1 16 /03 /mars /2015 06:53

 

salah-al-hamdani.jpg«En moi s’élève soudain un désert vagabond»… Poète irakien, dramaturge, Salah Al Hamdani a fui l’Irak de Saddam en 1975. Avant, hier, d’y retourner. Mais il était trop tard déjà : sa vie s’était défaite plutôt que faite, ailleurs. Poèmes d’exil ? Oui et non pour ce témoin des tragédies incessantes qui ont émaillé notre histoire contemporaine, méditant sur ce qui le rattache au monde (l’écriture). Loin de nous pourtant, qui habitons les mêmes matins dans ce Paris où lui-même vit depuis près de quarante ans. L’exil ? Sa condition. Une double peine peut-être, puisqu’en exil dans son propre pays désormais. N’en reste parfois que ces bouts de poèmes. Si peu à dire, trop à dire.  Ce qui frappe dans cet opus, c’est ce chemin parcouru en vain dirait-on. Avec toujours L’Euphrate comme un rêve obsédant, même aujourd’hui penché sur son cours. Comme si le temps n’avait rien changé à son émotion du départ. Il avait vingt-quatre ans alors, il quittait Bagdad, pour s’avancer dans une espérance inutile. Une solitude. Qui enchaîna tous ses désirs à son balancement maudit. L’amour ligoté lui-même, en contrepoint de l’exil, à l’espérance folle que la vie pourrait être autre. C’est presque du Ronsard à conter les pieds nus, l’élégante rosée, retrouvant la sensualité de l’antique poésie musulmane. Bagdad. Comme une blessure qui ne s’est pas refermée. L’Irak d’aujourd’hui plus inaccessible encore depuis que les Etats-Unis prétendent l’avoir libérée. «Qu’écrire, menotté au vide ?» C’est précisément le drame de Salah Al Hamdani : quarante années d’une longue agonie, où composer avec l’énorme cadavre de ce vide qu’est l’exil.  En lisant ses poèmes, on se rend compte alors que tout son parcours se sera déroulé dans une tête d’épingle avec pour seule vraie histoire, trente livres publiés. L’exil est un habitus qui ouvre sur le néant, Bagdad accroupie dans un coin de la page, quand le retour n’est plus possible. Sans doute le plus poignant de cet opus, quand le poète le réalise après un voyage en Irak. «Trente années de givre dans l’écriture».

 

Bagdad mon amour, suivi de Bagdad à ciel ouvert, Salah Al Hamdani, préface de Jean-Pierre Siméon, éd. Le Temps des cerises, mai 2014, 214 pages, 15 euros, isbn : 978-2-370-710055.

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Published by texte critique - dans poésie
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