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13 février 2010 6 13 /02 /février /2010 15:08

demolition.jpgHuit nouvelles sombres ou très sombres, écrites avec légèreté cependant, et pénétration, sur la question du travail ou de son absence. Huit nouvelles d’une écriture sensible pour rappeler la réalité du monde dans lequel nous vivons, terrible, toujours, d’une horreur qui n’a cessé de s’amplifier sans en avoir l’air. Comme celle du Complexe de la viande –on ne dit plus abattoir dans le jargon contemporain, ce vilain mot manquait décidément d’élégance-, déroulant une tranche de vie d’apprenti boucher. Seize ans, à éventrer les veaux à la chaîne. Mal tués bien souvent, quand l’ouvrier suivant doit plonger ses mains dans les entrailles de la bête pour en sortir les viscères. C’est comme ça qu’on mange. A faire la peau aux bêtes sur une dalle de ciment dégueulasse. Et pour faire tourner ça, des êtres bouffés par ce travail éprouvant, le contremaître espagnol, immigré de longue date, n’étant plus d’autre part que de ce lieu sinistre, uniquement absorbé à restaurer sa force de travail - langage marxiste désuet pour dire le lieu d’un monde dont la vérité n’a pas cessé d’articuler cette réalité, qui pourrait bien nous entrer dans le crâne un de ces jours, comme le canon d’un pistolet d’abattoir.

Mais Once upon a time, notre apprenti tombe sur une pub du leader européen des rencontres, qui propose, pour une somme pas si modique que cela, d’importer les jeunes beautés de l’ex-Europe de l’Est. Il en fait venir une, vit quelques semaines d’idylle avant qu’elle n’en profite pour fiche le camp puisqu’elle est à l’Ouest déjà, l’essentiel de son désir. Fiche le camp pour voir si des fois il n’existerait pas un meilleur parti auquel se vendre. La réalité là encore, des migrations sexuelles sordides d’une Europe plus décomposée qu’on ne veut bien le dire.

Ou cette nouvelle, Austerlitz, si forte, si dense, d’un "jeune" mendiant nouveau venu dans la carrière (si, on fait carrière : elle se termine par la mort en quelques très petites années d’espérance de vie). La vie au jour le jour, à découvrir qu’on peut avoir cessé de penser sans avoir cessé de vivre. Ecrite sur un modèle grammatical très incriminant, le "vous" déposant le lecteur à la place même du mendiant.—joël jégouzo--.

 

Avis de démolition, de Frédéric Monlouis-Félicité, éditions Arléa, janvier 2010, 128 pages, 15 euros, ISBN-13: 978-2869598829.

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commentaires

Bénédicte 15/02/2010 14:33


ça a l'air pas mal


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