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12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 12:49
Mépris, menteries benoîtes, falsifications éhontées de l’Histoire (voir le ridicule 9 novembre de Nicolas), auxquels ajouter l’incroyable diatribe du député Raoult contre Marie Ndiaye (http://bibliobs.nouvelobs.com/20091109/15794/eric-raoult-rappelle-marie-ndiaye-a-son-devoir-de-reserve) . Le tout énoncé dans une langue d’une vulgarité sans borne…
Combien de temps encore, nous prendront-ils pour des crétins ?


 « Au commencement, il y a la colère » (Act Up). Quelques hommes en colère qui voient mourir par milliers leurs compagnons, leurs amis. Avant cela, la colère de l’abbé Pierre au cours de l’hiver 54. Et bien avant encore, les vagues successives de colère des femmes, une moitié du ciel dissimulée dans la brume. Aujourd’hui, on pourrait multiplier à l’envi, tant les raisons de se mettre en colère sont nombreuses dans la société française contemporaine : les chômeurs, les précaires, les stagiaires, les sans-papiers, les immigrés et toutes les victimes de ces discours puérils et sots du pouvoir politique… L’on n’en finirait pas d’énumérer les groupes susceptibles d’en rallier les rangs.

«Notre sort dépend maintenant du degré de colère que vous pourrez atteindre», affirmait L. Kramer, le 14 mars 1983, (repris dans New-York Native), lors d’une réunion d’Act Up N.Y.
La figure de la colère fut forte chez Act Up. Elle structura le mouvement,  comme rite constitutif d’un groupe en marche vers son identité. On se rappelle l’équation : SILENCE = MORT, COLERE = ACTION, ACTION = VIE. Il n’est que de relire le livre de Didier Lestrade - ACT UP : Une histoire - pour comprendre à quel point Act Up ouvrit, dans le champ des luttes sociales, des modalités novatrices qui, dans une large mesure, ont bouleversé et le militantisme ronronnant des années marxisantes, et la contestation publique d’une France endormie sur d’éphémères conquêtes. L’intelligence d’Act Up, entre autres, aura ainsi été de n’en pas s’en tenir à la seule lutte minoritaire. Tout comme d’autres groupes historiquement exclus, les femmes, les SDF, etc., les homosexuels parisiens se sont eux emparés du Sida comme d’un révélateur de l’état de la société française. De l’histoire sociale du sida à l’histoire politique de cette société, c’est tout ce mouvement sur lequel il faudrait peut-être aujourd’hui revenir pour comprendre où nous en sommes, politiquement par exemple, et nous convoquer les uns les autres pour dresser l’état des lieux :

Alors, la colère, c’est fini ?
- Devant le danger du silence qui plombe les revendications sociales menaçant l’ordre dominant, faut-il oser la colère, de nouveau ?
- Quel est le prix à payer pour être entendu par les pouvoirs politiques ?
- Entre normalisation et dissidence, où situer la lutte aujourd’hui ?
- Les Lois invitent-elles à une normalisation des contestations jadis radicales ?
- La loi est-elle le meilleur instrument de production d’égalité ou de justice ?
- Quels sont les conséquences, sociales, politiques, de cette mise en forme juridique ?
- Comment construire un problème public ?
- Comment définir aujourd’hui les égalités à l’origine des revendications qui se font jour ?
- Quoi de l’urgence sociale, quand il y a ce réservoir de pauvreté qui la remplit sans cesse?
- Où intervenir ?
- On a eu, lors des grandes luttes passées, des constructions identitaires qui n’allaient pas de soi sociologiquement : femmes, homosexuels, SDF… Et pour chaque «groupe», une stratégie de représentation, tout un travail rhétorique qui pesa sur la définition de la cause et des idées mêmes à défendre. Quoi, aujourd’hui, de l’identité de ce sujet collectif : notre misère sociale et politique ?
- Peu ou prou, ces luttes ont pesé sur la définition du concept d’égalité. Le modèle républicain fonde notre démocratie sur une unité enracinée dans une conception abstraite des individus. Où placer dans ce modèle les différences sociales, culturelles ?
- Les principes fondateurs de la doctrine républicaine sont-ils mauvais ?
- Faut-il changer le cadre de la légalité républicaine ?
- Ou se contenter de changer l’univers du discours politico-médiatique dominant ?
- Etc. …

La possibilité de la contestation ouverte, revendicative, si l’on en croit le sociologue Boltanski, ne trouve à s’épanouir que dans un horizon où ce désir paraît jouable et non risquer de subir un échec. Mais cet horizon ne s’ouvre que normativement, comme espace d’un imaginaire collectif que seule une structure d’écho majoritaire peut déployer. Quelle visibilité lui donner donc, aujourd’hui, pour qu’il puisse prendre forme dans une société dominée par des médias vendus à l’ordre dominant ?
joël jégouzo--.

ACT UP : Une histoire, Didier Lestrade, Denoël, coll. Impact, janv. 2000, 446p., 22 euros, ISBN : 9782207248836

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