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26 septembre 2013 4 26 /09 /septembre /2013 04:47
african-tabloid-janis-otsiemi-9791092016079.gifLibreville, le Plateau : le quartier  de la Présidence de la République, qui se transforme la nuit en quartier interlope… Libreville, la capitale vache à lait de la Françafrique. Sous les feux des médias étrangers donc, toujours, les ONG à l’affût, l’Etat français pas moins soucieux d’y voir régner sinon l’ordre, du moins le silence. A la PJ de Libreville règne l’ordonnance aléatoire des vieilles machines à écrire, à ruban, dans l’insalubrité des murs écaillés, des plafonds troués. Ce qui n’empêche pas le capitaine Koumba d’être efficace, avec l’aide d’adjoints pas très regardant en salle d’interrogatoire sur la question des droits de l’Homme…  Pour l’heure, la criminelle semble n’avoir rien d’autre à traiter que des affaires mineures. Le vol d‘un chéquier dans les poches d’un Ministre, qui vient de voir son compte soulagé de quelques millions de francs CFA, affaire prioritaire cela va de soi. Une mère et son bébé tué sur le coup par un chauffard qui a pris la fuite et deux adolescentes qui se sont suicidées après avoir vu des vidéos d’elles les montrant nues sur internet. Des affaires sordides, dramatiques au final, chacune ouvrant aux espaces torves qui gangrènent le Gabon : corruption, immoralité, dépravations, l’Afrique devenue terrain de chasse des pédophiles français. Les affaires communes d’une nation déliquescente. Tandis qu’à la Sécurité d’Etat un crime agite le département. On a trouvé un corps sur la plage. Celui d’un journaliste de l’Opposition, à deux pas du Plateau, un an des Présidentielles… L’Affaire sent mauvais, la Présidence ne va pas manquer de fourrer son nez dedans, tout comme la presse étrangère avide de scandale. D’autant que dans la poche du cadavre, une douille délicatement déposée provient d’une arme qui a servi dans un meurtre pas moins délicat, impliquant le Ministre de l’Intérieur, qui n’est autre que le fils aîné du Président…  Boukinda, en charge du cadavre, se voit dans de sales draps d’un coup. Sale affaire. Sales affaires, que l’on suit toutes dans une composition parfaitement maîtrisée. C’est un peu la structure du Short cuts de Altmann, tabloïd assumé d’une Afrique en décomposition, tranche de vie de flics revenus de tout, patients, opiniâtres, traitée par un écrivain attentif au moindre de ses personnages, donnant à chacun son relief dramatique. L’œuvre d’un écrivain rompant avec l’anecdote d’un style dans lequel on aurait pu l’enfermer, pour se contenter de savourer sa langue inventive, pittoresque, construisant ici avec talent un roman de maturité qui a gommé ce folklorique sans renoncer pour autant à cette langue géniale qu’on lui connaît, pour traiter avec subtilité une histoire africaine particulièrement saumâtre. Et c’est moins l’Afrique convenue du chaos, de la magouille, de la corruption qu’il nous offre au final, qu’une approche sensible des personnages qu’il a créés, embarqués comme ils le peuvent dans ce monde effarant qui nous est commun.
 
African Tabloïd, Janis Otsiemi, éd. Jigal, 12 septembre 2013, coll. Polar, 208 pages, 16,80 euros, ISBN-13: 979-1092016079.      

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