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28 avril 2011 4 28 /04 /avril /2011 07:58

 

abdellatif-1.jpg"Je t’insulte / règne de bouledogue / citadelle policière / de matraques à mon peuple"

 

 

Immigré politique en un temps où la France en accueillait encore, Abdellatif Laâbi, vigie méticuleuse, déchiré dans son exil parisien grattant partout le sol absent de sa terre natale lancinante, la seule, qu’il ne cessa de porter en lui partout, son Peuple y rejoignant tous les Peuples opprimés asphyxiés sous les décombres des Pouvoirs funéraires, Abdellatif Laâbi, jamais totalement du lieu où l’on voulait l’assigner, ouvrant, toujours, les territoires occupés aux cris des aspirations humaines, les peuples opprimés coudoyant tous les peuples opprimés.

 

"Pleine lune. La nuit serpente entre les gorges du Tarn. Au matin, elle se versera dans le Jourdain, et au-delà peut-être, on ne sait comment, dans l’Euphrate."

Non quelque prescience des solidarités populaires mais l’attention au secret mot d’ordre qui traverse le monde, cette ronde fragile.

 

Une œuvre immense, vingt-cinq années d’apologie clairvoyante de la Vie, Abdellatif Laâbi, non pas un littérateur (il le refusait), mais un artiste au service des Nations, séditieux dès son premier opus –Le Règne de la barbarie-, militant d’un Peuple qu’il voulait reconstruire, jetant les livres, ce pâle orgueil des gloires pressées, pour se jeter à corps perdu dans une parole heurtée, sa colère toujours si dense, profonde, traversée de la souffrance de ses frères, hérissant ses voiles sans grande confiance pour les mots mais veillant, implacablement, les malheurs et les espérances, rêvant aux côtés des prisonniers des geôles marocaines, françaises, algériennes. La parole est urgente quand la répression domine. Abdellatif Laâbi, forçat d’une liberté qui tarde toujours à venir, embrassait depuis les prisons marocaines un horizon plus vaste que ses tortionnaires ne l’espéraient. De son exil français, il enlaçait un horizon plus grand que ses hôtes ne le souhaitaient.

oeuvres_poetiques_II.jpg

"meurt / logos des cités / raison meurt / broyée dans les rides / sans le secours des mains.

(…) maintenant / je cherche à ma tribu / un langage / qui ne soit pas alliage

(…) au rythme des caravanes / c’est mon atroce lucidité / qui me taille un âge / à la dimension du désert.

(…) Ne me cherchez pas dans vos archives / effrayés par mes dénonciations / je ne suis pas de la nature de l’écrit / cherchez moi plutôt dans vos entrailles

(…) Je t’insulte / règne de bouledogue / citadelle policière / de matraques à mon peuple."

 

Qu’on relise cette poésie, forte, brutale, résiliant la torture, dénonçant les fêtes macabres, l’air vicié des pouvoirs qui trône sur les gradins de quelque foule grotesque. La vie est urgente quand on nous assassine à chaque frontière, quand s’élève le chant des guerres qui ameutent l’Europe, convertie au racisme de ses Etats. Jusqu’au naufrage du souffle il faudra rompre ces déroutes, car face à la faillite universelle, notre errance ne fait que débuter. --joël jégouzo--.

 

Abdellatif Laâbi, Œuvre poétique vol. I et II, édition de la Différence, 1er trimestre 2010, 35 euros chacun, Vol. I, préface de Jean-Luc Wouthier, 458 pages, isbn : 978-2-7291-1885-3. Volume II, préface de Jean Pérol, 450 p., isbn : 978-2-7291-1862-4

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Published by texte critique - dans poésie
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