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3 juillet 2009 5 03 /07 /juillet /2009 22:24

Récit véridique sur la façon dont un monsieur fut avalé vivant par un crocodile et ce qui s’ensuivit…

Eléna Ivanovna veut absolument voir le crocodile exposé dans la grande galerie marchande de Pétersbourg. Son mari Ivan et leur ami (le narrateur), emballés, l’accompagnent.
L’animal repose pitoyablement au fond d’une sorte de baignoire, par vingt centimètres de fond. Eléna est déçue. Elle s’en lasse donc vite : la galerie marchande recèle de plus intenses promesses. Las, elle ne s’en est pas détournée depuis plus de trois minutes qu’un cri la fait se retourner. Le crocodile est en train d’avaler son mari ! Rien ne lui est épargné de ce processus de déglutition, aussi pénible du reste pour l’animal que pour elle. Le crocodile en effet, n’en finit pas d’avaler et de régurgiter Ivan, pour le vomir à moitié avant de le ré-avaler et le roter enfin, jusqu’à n’en laisser plus le moindre bout dehors ! Eléna, épouvantée, veut aussitôt faire "ouvrir" le monstre. Mais ce n’est pas si simple : dans la société cultivée de Pétersbourg, les animaux jouissent d’un droit moral qui interdit de les torturer abusivement. Pour le coup il est trop tard, et ce serait vraiment mettre au supplice l’animal que de l’obliger à recracher sa proie. Tous en conviennent, à commencer par les témoins de la fascinante scène. Et puis il ne s’agit pas d’un vulgaire saurien mais d’un crocodile de rapport, d’une propriété privée ! On ratiocine, lorsque s’élève des entrailles de l’animal la voix d’Ivan ! Ce dernier n’est pas mécontent de l’aventure, à tout prendre. Il imagine même le moyen de s’enrichir en exploitant au mieux cette situation, et d’enrichir du même coup la Sainte Russie, qui en a bien besoin ! Pas si simple cependant : le propriétaire légal de l’animal, un allemand évidemment, prétend avoir des droits sur ledit spectacle que l’on pourrait offrir. Palabres interminables…
Dans une totale liberté d’écriture, Dostoïevski nous livre une nouvelle absolument désopilante. Et l’occasion pour lui de saluer à sa manière l’avènement économique de la petite bourgeoisie russe. --joël jégouzo--.

Le crocodile, de Dostoïevski, récit traduit du russe par André Makkowicz, éd. Actes Sud, coll. Babel, mai 2000, 80p., ISBN-13: 978-2742727674

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