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26 juin 2009 5 26 /06 /juin /2009 08:54
Le propre des lectures scolaires est d’être vouées à l’oubli. Pierre Dumayet, qui n’aime pas beaucoup les professeurs et se méfie des lectures savantes, s’ingénie à multiplier dans son texte les approximations, les erreurs, les incertitudes. Une atmosphère équivoque flotte ainsi au-dessus de ses citations, références, affirmations. Un flou ouvrant à une poétique de la lecture qui plongerait ses racines dans le monde de l’enfance. A deux pas de l’école en somme. Mais à deux pas bien comptés. Car dans cet écart, ce n’est pas une quelconque vérité du livre qu’il veut dire, mais son souffle.
Pour lui, lire ne sert à rien d’autre qu’à lire. Une tautologie, certes, mais dont bien peu conviendront, quand on voudrait que tout de même, le livre serve, ne serait-ce que de rempart contre la barbarie. Or lui, ce qu’il cherche avant tout, c’est à se rappeler le chemin que les livres ont pris en lui. Méditons l’aveu : le chemin du livre en soi, comme un mystère irrésolu, et non notre cheminement parmi les livres. C’est cette vie des livres en lui, non comme d’une influence qui lentement, inexorablement, s'estomperait au fil des âges ou dans l'accueil de celle qui prendrait son relais, qu’il poursuit, sensible à l’irruption soudaine de leur présence.
Quand lit-on ? Dans quel dessein ? Toute une phénoménologie se dessine sous sa plume, une étude possible qu'il laisse soigneusement en friche tant, encore une fois, il ne cherche pas à faire rendre gorge au livre, mais à en accueillir les possibilités.
Il y a du Montaigne dans ce lecteur interrogeant chaque texte comme s’il était son contemporain et ne s’en laissant compter par aucune histoire savante. C’est que pour lui, tout comme pour Montaigne, il s’agit davantage d’allumer des feux que de bourrer les crânes. Ses lectures prennent alors volontiers l’allure d’un braconnage, pour reprendre l’expression de Michel de Certeau. Ou bien elles ont l’incongruité de la réflexion sur le roman de Virginia Woolf, lors de sa fameuse conférence de 1920.
Lecteur-enquêteur, accordant toute son attention aux détails - l’emploi d’un futur pour évoquer le passé, la méfiance de Flaubert pour la journée du mardi-, la liberté de lire qu’il instruit n’est au fond rien d’autre que celle d’écrire. De ne jamais cesser de se tenir dans ce dialogue, dans l'ouverture du texte au texte. – joël jégouzo --.


Autobiographie d’un lecteur de Pierre Dumayet, LGF - Livre de Poche, déc. 2001, ISBN : 9782253152026

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