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28 mai 2009 4 28 /05 /mai /2009 07:26
Pendant plus de dix ans, l’auteur a enquêté sur le fonctionnement de la terreur nazie dans la région de Cologne. Il s’agissait pour lui de comprendre quel écho la société allemande avait recueilli du massacre des juifs, et d’en déterminer le degré d’implication. Mais aussi d’expliquer le fonctionnement d’un Etat que les historiens qualifiaient de totalitaire.
Jusque dans les années 1960, Hitler apparaissait comme la pièce maîtresse démente de cet Etat. La thèse orwellienne d’Hannah Arendt avait largement cours : Etat policier, rien ne pouvait échapper à son contrôle. Des années 60 aux années 80, la Shoah fut au cœur de tous les travaux de recherche. On découvrait paradoxalement une société moins antisémite qu’on l’aurait pensée, au cœur de laquelle l’indifférence civique, plus prégnante que la peur même des représailles, permettait d’expliquer l’ampleur des compromissions. Les années 90 virent cette vision infirmée : le rôle des citoyens allemands fut jugé plus négatif, la compromission plus réelle qu’on ne l’avait pensé dans la décennie précédente. Par la suite, Johnson devait démontrer magistralement que la Gestapo ne possédait pas l’appareil policier qu’on lui prêtait, battant ainsi en brèche les thèses de Hannah Arendt. Comment expliquer alors son efficacité ? Au fond moins par la compromission massive des allemands que par la stratégie très hiérarchisée et ultra sélective de l’administration nazie. Dans un premier temps, la terreur nazie se concentra sur l’élimination de l’opposition politique. Les coudées plus franches, elle put alors étouffer l’opposition religieuse, qui représentait à ses yeux l’obstacle moral susceptible de gêner l’adhésion de la population à ses desseins, ou tout au moins la contrariété laissant encore béante sous ses pieds la trop rigoureuse frontière du Bien et du Mal. Enfin, sans opposition structurée, elle put passer au crime de masse. Les Allemands ordinaires ne furent ensuite plus vraiment inquiétés. La Gestapo leur laissa même des espaces pour respirer, se plaindre, «rouspéter». Car pour accomplir l’Holocauste, il fallait pouvoir gager en toute quiétude la nation dans sa totalité. --Joël Jégouzo--.




La terreur nazie : la Gestapo, les Juifs et les Allemands ordinaires (Broché)
de Eric A. Johnson, éd. Albin Michel, coll. Documents, sept 2001, 581 pages, ISBN-10: 222612697X, ISBN-13: 978-2226126979

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commentaires

Brigitte Lascombe 05/06/2009 13:50

très interessant comme livre.Je vais le commander.Je vous conseille moi même concernant "les allemands ordinaires" un livre que je viens tout juste de terminer:"La voleuse de livres" de Markus Zulak^paru en 2008.Original:la narratrice est la mort.Historique:passage des juifs par 'Molching'avant leur entrée dans le camp.Emouvant:amitié et amour.Poétique et pathétique.Vous pouvez me donner votre avis communauté que je viens de créer sur mon blog.

jJ 08/06/2009 08:52


Merci pour ces conseils, je lirai ce livre ! En retour, je vous conseille la lecture du livre de Tadeusz Borowski : "Un monde de pierre", écrit au sortir des camps, tardivement édité en France dans
les années 810 ! Sublime récit des camps, qui rompt avec tous les autres, en particulier sur le point le plus crucial pour les rescapés et cette histoire que nous avons tenté d'écrire à leur suite,
celle des conditions de survie dans les camps.
je vous conseille aussi, au sujet des "allemands ordinaires", la fantastique étude de Christopher Browning : Des Hommes Ordinaires
- Le 101ème Bataillon De Réserve De La Police Allemande Et La Solution Finale En Pologne.
Rompt là également avec tous les préjugés quant à la nature de l'adhésion des allemands engagés dans la Shoah, du moins dans la prmeière phase "expérimentale" de mise en place de la campagne
d'extermination.
Enfin, donnez-moi l'adresse de votre blog et de votre communauté, le mail que vous avez fourni en réponse semble ne pas fonctionner.
jJ


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