Mercredi 28 mars 2012 3 28 /03 /Mars /2012 05:13

ulysse.jpgDans la quête de toute identité, Au delà serait le concept fondamental, impliquant l’idée d’un déplacement physique redoublant tout dépassement existentiel : Ulysse, figure de la Mètis. Ni trop masculin, ni trop féminin, brouillant les genres et les causes : non exclusivement grec en fin de compte, à l’arrivée de son périple, et un  temps, la mauvaise voile hissée par mégarde, ni mort ni vivant…

Soit une représentation de soi qui ne s’expose que dans ce processus de répétition qui suppose qu’il y ait de la contiguïté entre le présent et le passé, et non de la continuité (le temps du maintenant selon Walter Benjamin, qui ne peut être celui de l’ici, mais celui d’un va-et-vient spatio-temporel).

Un au delà (et non le simple «au-delà») que nous ne pourrions pas déduire de catégories apprivoisées, et que l’on ne pourrait situer que dans les discontinuités des micro-histoires (du genre de celles des minorités) – pour déjouer les fondements culturels de toutes les études sur la question, adossées par commodité au concept de culture organisée, alors qu’il nous faut digérer des mondes inégaux, asymétriques, chaotiques. Et faire en sorte que par exemple dans ce nouvel internationalisme que nous avons à fabriquer, la transition du particulier au général demeure un problème, non une transcendance.

Au delà organiserait ainsi une sorte de processus sans totalisation de l’expérience. Un inconvénient en somme. Une faiblesse.

Au delà : notre problème à nous français, par exemple, serait qu’une grande partie de notre histoire récente aurait eu lieu au delà des mers (outremer).

Au delà encore : les grandes narrations nationales n’offrent plus de références solides pour fonder des modes d’identification culturelle.

Au delà toujours, l’espace politique à l’intérieur de chaque nation est à la fois une réalité locale et transnationale.

Au delà en bref et non pas pour finir : impossible de construire une communauté enracinée dans le temps homogène et vide des discours identitaires.

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Mardi 27 mars 2012 2 27 /03 /Mars /2012 09:24

 

arton125La présidence Sarkozy, la plus scandaleuse et la plus cynique qui ait jamais vu le jour, part du principe que les précaires ne sont plus des agents sociaux. De proche en proche, ce pouvoir a instruit des groupes sociaux comme n’étant plus des sujets du Droit français. Voire des couches de la population qui sont redevenues des citoyens de seconde zone, des indigènes, comme ces petits-enfants d'immigrés, français depuis belle lurette ! Ce n’est pas seulement que la norme ancienne, bourgeoise, ait été suspendue par l'incurie néo-libérale, la visée était plus terrible que cela : il s’agissait d’éliminer purement et simplement ces groupes sociaux qui ne devaient plus appartenir à la Cité sinon pour ré-articuler la trope de l’ennemi nécessaire à la réélection du candidat des riches… L’un des moyens pour y parvenir était simple, trop simple : la violence des exclus. Cette violence inacceptable, irrécupérable, hors norme, mise en perspective dans l’espace social par des discours de haine. La violence symbolique de l’Etat, avec l’Etat sarko, s’est exprimée librement pendant cinq longues années. Un populisme noir semblable à celui des années 30, retaillé à notre mesure... med-precariteLe populisme pour ultime vérité d’un Peuple moins introuvable que dissimulé. Sarkozy ? Une pathologie sociale terrifiante pour bilan, où le monde des citoyens de la France d’en bas a lentement pourri. La France d’aujourd’hui ? Une foule tragique frappée de plein fouet par une crise en leurre. Une foule dépossédée de sa légitimité. Un vrai crime d’Etat, ce dernier ayant tranché brutalement : qu’on se le dise, il ne protègera que certaines vies, définies sous le manteau de cet ensemble idéologique qu’est le milieu politico-médiatique ultra-conservateur. La précarité de masse ? Il s’en fiche. Le travail ? Une simple variable d’ajustement. Tout centime financier vaut mieux que la vie d’un travailleur. Et l’on ne nous demande sûrement pas de donner notre avis sur cette option fondamentale de la société française. Au mieux, le discours s'est fait mensongèrement savant : le Capital France relève du bon usage des techniques financières. Plus d’interdit : la vie humaine n’est pas sacrée, les médias en ont actualisé l'ultime vérité - quel journaliste s’est réellement indigné du scandale de la misère en France ? Cette amoralité sordide au bout du rouleau, tout de même, ne peut plus masquer qu’il y a un cadavre dans le placard de la Nation française : celui de la France d’en bas, et que sous ce cadavre repose une plage, une vraie, où les nantis se dorent la pilule. L’horreur serait donc à venir ? Sarkozy serait notre seul avenir commun ? Mais il suffit de porter la main à l’oreille pour entendre croître sous la précarité de masse le vrai destin de cette France qu'il convoite. Superbe pied de nez à l’Histoire : la France d’en bas aura été ruinée par une certaine idée libérale de la Nation française ! "Ruinée" : cela dit assez que la France d’en haut n'a fait qu’imposer un cheminement pseudo éthique à l’opinion, en demandant aux plus désespérés de garder une conduite exemplaire ! Enorme mystification : car l’option morale est en fait une option politique au sein de laquelle l’intolérance est devenue la norme. Une norme institutionnalisée par l’Etat lui-même!

 

Observatoire National de la Pauvreté et de l’Exclusion Sociale, rapport 2009-2010 :

http://www.onpes.gouv.fr/Le-Rapport-2009-2010.html

le rapport lui-même, en pdf :

http://www.onpes.gouv.fr/IMG/pdf/RapportONPES_2009-2010.pdf

Le Salarié de la précarité, de Serge Paugam, PUF, coll. Le Lien Social, mai 2000, 437 pages, ISBN-13: 978-2130508182.

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Mardi 27 mars 2012 2 27 /03 /Mars /2012 05:39

drapeaux-islamNicolas Sarkozy, hier matin sur France Info, s'est plu à dévoiler la profondeur de son insondable bêtise en affirmant, sans rire, que deux de nos soldats victimes de l'assassin de Toulouse et de Montauban, "étaient... comment dire... musulmans, en tout cas d'apparence"... Voilà de quoi ravir nos chers Ouïghours chinois, en majorité musulmans, qu'un chef d'état français sache pareillement les différencier, rien qu'à juger de leur mine, des chinois non musulmans dont eux-mêmes ne savent pas se différencier spontanément. A moins que sarkozy voulait parler des musulmans indonésiens ? Ah non, il voulait parler des musulmans français, aussi pliés en quatre que les musulmans ouïghours, quand rien, à vrai dire, ne distingue fondamentalement un musulman d'un catholique français... A confondre pareillement la foi et la peau, le moins que l'on puisse dire, c'est que le monde catholique d'apparence musulmane a de beaux jours devant lui, ou l'inverse...

Laissons donc Tartuffe débrailler sa vindicte. Sarkozy n'aime pas l'Islam, dont il ne connaît rien. Occupons-nous donc d'une raison supérieure.

Dans une superbe présentation en couleur, les éditions Buchet Chastel nous ont offert un panorama exhaustif des emblèmes de l’Islam.

Quatre cent soixante-huit drapeaux, qui racontent son histoire depuis le VIIe siècle, début de son incroyable aventure politico-spirituelle. Un ouvrage qui évoque, on le réalise clairement aujourd'hui, un univers aussi vaste que riche et méconnu. Cette science au nom barbare, la vexillologie (de vexillum, étendard romain) nous est exposée ici dans une langue simple et efficace, intéressant directement notre présent. Description de chaque drapeau, détermination de ses origines, explication de son évolution, de son symbolisme, les notices qui encadrent chaque présentation témoignent d’une belle rigueur intellectuelle. Les différents apports sont également retracés avec concision, sans renoncer à l’exhaustivité d’un effort qui nous éclaire au passage sur la signification des symboles les plus forts de l’Islam, comme celui du croissant et de l’étoile. Le tout inscrit dans des réflexions politiques renseignant les orientations qui ont marqué le destin de l’islam, d’une façon tout à fait originale, ainsi des éclaircissements concernant les quatre couleurs fondamentales qui apparaissent dans leur signification première : le vert de Mahomet, le blanc des Umayyades, le noir des Abbassides et le rouge des Fatimides. Chacune manifeste une personnalité orientant chaque fois, selon l’importance donnée à telle couleur au sein de l’emblème, les intentions historiques, l’identité de référence, la symbolique sociale, etc... Regrettons toutefois l’absence d’un planisphère, fort utile pour nous aider à nous représenter clairement l’étendue géographique de l’islam dans le monde.

 

Les Drapeaux de l'Islam : De Mahomet à nos jours, de Pierre C. Lux-Wurm, Buchet Chastel, oct. 2001, 343 pages, 42,75 euros, ISBN-13: 978-2283018132.

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Lundi 26 mars 2012 1 26 /03 /Mars /2012 05:31

declosion.jpgComment sortir de l’enclos de la race, quand nos élites politiques nous y reconduisent à marche forcée.

Comment refuser cette France qui n’a cessé de faire de la différence raciale un facteur de définition de sa citoyenneté, construite dans l’irréductibilité de différences sociales rejetant en dehors de la Nation tous ceux qui vivaient ou seulement paraissaient vivre en dehors de ses caractères supposés, racialement, socialement, culturellement ?

Comment refuser cette République de faux citoyens pour imposer une République des sujets ? Défaire la fiction républicaine, ce sacre juridique commode de l’individu abstrait, bateleur fantaisiste d’une pantomime démocratique effarante.

Réaliser enfin que l’universalisme français n’est pas cosmopolite et qu’il n’est en fait qu’un parisianisme et que la langue française, entre les mains de cette classe politico-médiatique stipendiée, n’est plus aujourd’hui qu’un idiome local porteur de valeurs locales.

Sortir de la grande nuit, qui est au fond sortir du mensonge de la nuit française. Comprendre que le devenir européen ne peut plus être un devenir-monde et qu’il ne peut que chercher ailleurs son salut, qu’il ne peut apprendre que d’ailleurs ces nouveaux usages du monde qui s’annoncent ici et là sans crier gare. Comme celui inauguré par la Plantation, ainsi que l’exprime avec tant de force Achille Mbembe, devenu une nouvelle conscience du monde où l’on a appris à former des communautés en dehors du sol et du sang.

"C’est à partir de l’Autre que toute écriture du monde, véritablement, fait événement" (Achille Mbembe).

Encore faut-il s’en convaincre et comprendre qu’il ne s’agit plus seulement d’abolir les petits maîtres, mais qu’il s’agit de s’auto-abolir "en se délivrant de la part servile constitutive de soi et en travaillant pour l’accomplissement de soi en tant que figure singulière de l’universel."

Il faut d’abord se déprendre de soi pour surgir à l’autre et forger les cadres de connaissance des nouvelles conditions de l’expérience humaine.

Une éthique de la Rencontre en somme, depuis laquelle comprendre le sens de la vie démocratique, une éthique qui ne peut relever que d’une opération sans cesse renouvelée de la figuration du social. Une éthique au cœur de laquelle pouvoir se faire entendre est crucial.

Que penser, dans ces conditions, d’un Etat qui exclut ses coreligionnaires musulmans et ses citoyens d’origines maghrébines de la part d’estime publique à laquelle chaque citoyen, chaque groupe humain a droit ? Apparenter les musulmans français aux étrangers dans l’imaginaire public, à une époque où la figure de l’étranger renvoie de nouveau à celle de l’ennemi, n’est-ce pas l’irresponsabilité la plus grande que l’on puisse concevoir ? La raison et le sujet, ces deux signatures de la modernité occidentale, ne nous parlent depuis quelques années que d’un hiver impérial de la pensée française, qui décroche et se replie, comme l’énonce non sans pertinence Achille Mbembe, et la condamne aux morales de l’extrême urgence, celle-là même qu’elle croyait pouvoir appliquer aux peuples immergés dans leur lointain désarroi. Il n’est que temps de sortir de l’enclos français !

 

Sortir de la grande nuit : Essai sur l'Afrique décolonisée, Achille Mbembe, éd. La Découverte, coll. Cahiers Libres, octobre 2010, 244 pages, 17 euros, ean : 978-2707166708.

La Déclosion, Jean-Luc Nancy, éd. Galilée, déc. 2005, 248 pages, 30 euros, ean : 9782718606682.

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Dimanche 25 mars 2012 7 25 /03 /Mars /2012 05:47

Seul l’espace mondial où se déploient la diversité des identités autorise la formation et l’expression des différences.
L’essai de Jean-Loup Amselle fut un livre fort – et agréable à lire. Celui-ci, plutôt que son dernier, versant dans une approche passablement suspecte.
Un ouvrage ouvrant puissamment la réflexion pour tracer de nouveaux horizons au contexte d'énonciation des identités culturelles.
Tout à la fois enquête de terrain, réflexion d’un anthropologue sur les fondements de sa science, il dépassait de beaucoup son cadre intellectuel pour informer tout autant la réflexion politique (qui en a toujours aussi grandement besoin) que culturelle. Sans doute parce qu’en lui s’affirmait une volonté programmatique.
En filant en effet une métaphore nouvelle pour parler des cultures, il ne cherchait rien moins qu’à nous aider à construire une vision neuve de l’avenir des différences culturelles et nous arrachait à l’image d’un monde qui aurait été le produit de «mélanges» de cultures, vues chacune comme un univers étanche, clos sur lui-même et séparé des autres.
Là où, d’ordinaire, la métaphore du métissage maintenait notre vision des cultures dans une dimension racialiste, Amselle affirmait l’idée radicale d’une co-présence originaire des différentes cultures. Et postulait l’idée salvatrice de l’ouverture en réalité originelle à l’autre de toute culture. Ce faisant, il construisait rien moins que des interculturalités à l'intérieur desquelles chaque culture inscrivait son domaine de définition. Pas de Culture sans cultures, et inversement. Amselle ne cessait de dénoncer cette situation de guerre larvée entre les cultures dans laquelle nous nous trouvions. Et, encore une fois, combattant avec force l’idée d’une pureté originaire des cultures, il montrait en quoi l’universalisme est le moyen privilégié d’expression des différences culturelles.


Branchements, Anthropologie de l’universalité des cultures de Jean-Loup Amselle, éd. Flammarion, janvier 2001, 266p, , ISBN : 2082125475

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