Mardi 3 janvier 2012 2 03 /01 /Jan /2012 06:21

pessoa.jpg «Notre époque est celle où tous les pays, plus matériellement que jamais, et pour la première fois intellectuellement, existent tous au-dedans de chacun, où l’Asie, l’Afrique et l’Océanie sont l’Europe, et existent tous dans l’Europe. Il suffit d’un quai européen quelconque – même ce quai d’Alcântara- pour avoir toute la terre en condensé.» (Fernando Pessoa, in Orpheu n°1, Lisboa, 1915)

 

Sublime intuition de Pessoa ! Mais combien aujourd’hui des politiques stupides nous en éloignent !

Le quai d’Alcântara, cela aurait pu être cette portion de rue qui s’étend du feu rouge du croisement des rues Oberkampf et Saint-Maur dans le XIème arrondissement, à celui qui borde la place Ménilmontant, si l’on avait été moins affairé à bouleverser un paysage urbain plus riche que soupçonné. Il y avait alors en condensé une mosaïque incroyable de langues, de cultures, de parcours sociaux et culturels, de variétés ethniques, affectives, de rebords intellectuels et existentiels, des chômeurs en voie de désaffiliation aux bobos satisfaits, en passant par les artistes les plus fascinants de la capitale, voire de la planète, comme cet acteur japonais fétiche de Peter Greenaway, co-propriétaire de l’un des bars les plus branchés de la rue Oberkampf. Des espaces contigus les uns aux autres, loin de l’image que les urbanistes voulaient forger d’une ville strictement hiérarchisée et découpée selon des modèles sociaux qui la rendrait immédiatement lisible. Des espaces dont seule une poétique de la ville savait rendre compte, offrant une diversité littéralement magique, façonnée par de multiples et déroutantes discontinuités -cela dit sans tomber dans l’illusion d’une ville rêvée comme le reflet d’un vivre-ensemble idyllique. Des espaces affirmant le ferme refus de ce qui se trame en fait de Grand Paris, à travers ce recours par trop prompt d’un Etat planificateur trop soucieux de fabriquer le citoyen dont il a besoin pour se maintenir.

Le Quai d’Alcântara, voilà ce qui peut-être plus jamais ne nous sera permis, tant la ville est tombée entre des mains rusées.

Mais malgré tous les déboires qu'on nous prédit, relevons ce pari sous l’inspiration d’un Pessoa, qu’il est possible de repenser un autre développement humain loin des politiques étriquées, depuis ces contiguïtés qui savent maintenir assez d’élégance et de magie pour ne pas nous faire tous périr sous les effrois du Même.

Retravailler le corps urbain, la rue, questionner sans faiblir l’esthétique architecturale en la confrontant aux valeurs républicaines présumées en fonder le sens. Ne jamais oublier que revaloriser un espace urbain c’est d’abord reformuler un accord républicain sur l’espace en question. C’est d’abord mettre à jour le système des représentations symboliques qui fécondent cet espace avant d’orienter prématurément tout nouvel accord. C’est redonner du sens à la ville par le souci de l’Autre, relayé par des règles institutionnelles qui le garantiraient enfin.

Notre morale est celle où tous les pays existent tous au-dedans de chacun, où l’Asie, l’Afrique et l’Océanie sont l’Europe, et existent tous dans l’Europe…--joël jégouzo--.

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Samedi 31 décembre 2011 6 31 /12 /Déc /2011 06:14

Le muret, l’arbre Renaissant sur la gauche. Torses penchés - au contrebas de l’esplanade, ce que l’on ne voit pas. La colline sur la droite sous le ciel fissuré, et leurs regards que l’on ne peut scruter mais que l’on imagine, deux amis de dos, leurs regards d’hommes libres aperçus à l'origine de l’œuvre. Ils ne sont plus la proie des choses. Pas même celle du peintre à qui ils tournent le dos. Ils accueillent un événement infime, s’en délectent sans trouble, sereins. Dans cette pleine tranquillité de l’âme -ἀταραξία (ataraxie)-, la vie a pris sens. Ils se tiennent par le bras, bienveillants et intimes - ce qui est la définition même de l’amitié selon Aristote. Leur regard dénombre le monde, un regard tellement effectif en fin de compte, dans sa présence invisible, jamais révélé à notre vue baignant au cœur du silence qui se déploie dans ce moment vacant, le ciel vide, moins démonstratif qu'étendu dans la douceur toscane. Ils ne font rien, qu’être là. Où faire n’entre pas. Détendus. Oisifs.


Le temps perdu engage l’ouvert de l’Homme

ponctué d’instants domestiques, on l’imagine volontiers, avant ou après l’instant pictural, à chiner les boutiques ouvertes sur la rue, le boulanger, le libraire, le fleuriste élevant la vue. L'amitié dans le regard d’un passant,

considérable.


Ils sont amis, pelotonnés dans ce déversement de douceur si dense et si réelle, qui ne se manifeste pourtant ne se déploie jamais aussi pleinement que dans ces ébauches, la touche d'un regard, l’esquisse d'un geste, l'amorce d'un sourire. Jamais aussi présente que dans ce vide entre les corps où s'invente le mouvement par lequel un homme vient à surgir, embrassant bientôt sur le rebord des cils un regard, pour l’exposer à l'injonction la plus intime de son être.


Il n’y a pas d’issue quand il n’y a d’autre issue que soi au monde.

Qui le découvre franchit l’immensité.

 

L'amitié, contour fécond où prend forme et nom la personne, à travers cet autre qui la regarde et qui la voit, qu’elle accueille et qu’elle convie. Non pas dans ce face à face stérile du dispositif de la conversation française, mais dans cette circulation de la parole qu’énoncerait par exemple le cinéma japonais lorsque, enfin, on se décide à parler "avec" quelqu’un, plutôt qu’à. A côté donc, plutôt que devant. L’amitié comme parole en partage, fragile, offrande mutuelle d'autant plus noble qu'elle est gratuite.

 

La philia (φιλία), pour tout dire, en ce qu’elle fait l’économie de l’intérêt servile -elle ne manque de rien, puisqu’elle est joie d’aimer dans l’ouverture de soi au monde.

Et puis enjamber les siècles pour croiser Saint Paul, enrichissant la philia
de l’agapè -ἀγάπη- qui plus profondément encore est don non contingent, pur lègue au crédit d’une dépense sans retenue. L’agapè dont nous avons perdu le sens, creuset de toute chaleur, qui nourrit le désir de l'ecclesia, cette communauté au sens encore où Saint Paul l'entendait, qui rend la cité enfin possible, dans l'égalité des êtres, cette égalité que les grecs refusaient - et là ça change tout : bras par dessus l’épaule dans la mirée du monde que l’on découvre enfin vraiment. Monde dans lequel désormais mon prochain peut être n'importe qui au sein de l'ecclesia qui se définit comme un monde démocratique et non plus aristocratique - celui des grecs juchant l'amitié sur les épaules du même. Il faut donc croire à ce sourire de l'esprit qui élève l’être, mais y croire dans un horizon qui n'est plus celui des grecs mais celui inventé par les chrétiens des premiers siècles, où l'amitié peut s'énoncer pleinement et pleinement accomplir ce pour quoi on la voulait faite : la foi de l'homme en son humanité. --joël jégouzo--.

 

   
Détail, Domenico Ghirlandaio (1449-1494), Visitation de la Vierge à Sainte Elisabeth, Basilique S.M. Novella.
 

Bonne année, heureuse comme un temps à partager, un moment affectueux - agapètiko.

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Lundi 19 décembre 2011 1 19 /12 /Déc /2011 04:08

Otto.jpg"La psychologie de l’inconscient est la philosophie de la révolution", affirmait le plus tranquillement du monde Otto Gross, l’enfant terrible des pères fondateurs de la psychanalyse viennoise. La psychanalyse, école de la Révolution ? Mais alors : permanente. Presque au sens où un trotskiste saurait l’entendre : Otto Gross était persuadé que toute l’éducation reposait non seulement sur le refoulement, mais sur la soumission des passions, et que ce refoulement était le produit d’un système culturel qu’il fallait d’abord déconstruire si l’on voulait permettre aux individus de libérer en eux l’éros créateur. Il fallait d’abord changer le monde si on voulait changer l’homme. Mais pour y parvenir, il fallait former des caractères anti-autoritaires capables de mettre à bas les structures répressives de la société patriarcale. Pour ce faire, il existait au sens d’Otto Gross deux alliés de premier plan : les femmes tout d’abord, sur qui s’abattait la plus forte répression sexuelle de la société, et les enfants. Les femmes, c’était annoncer là tout le programme de la gauche freudienne des années à venir, qui vit dans la montée en puissance du combat des femmes pour leur émancipation la possibilité concrète d’une révolution non seulement sexuelle, mais sociale.

Les enfants, parce que pour Otto Gross, le vrai problème n’était pas d’ordre sexuel, mais subjectif : la solitude était le vrai lieu de l’aliénation humaine. Parce que l’enfant est tout entier tournée vers la demande de contact, tant physique que psychique, qui le place dans une situation de dépendance totale vis-à-vis d’autrui, la solitude devenait le vrai obstacle à son épanouissement. En elle s’enracinaient toutes les angoisses névrotiques à venir, qui verraient la pulsion du moi se retourner contre elle si rien ne venait lui barrer la route. La sexualité même de l’enfant soumis à la terreur de la solitude pouvait s’égarer dans l’acceptation du chantage affectif, dont la demande morbide pouvait ainsi le conduire à adopter des réponses masochistes, ou sadiques lorsque cette angoisse rencontrait sur son chemin la volonté de puissance. Malades d’une société qui isole, nos enfants oscillaient ainsi fatalement entre masochisme et sadisme. Otto Gross devait non pas en faire la démonstration magistrale, mais l’étude intelligente au travers de ses recherches sur le masochisme féminin. Malades de la société… On voit se profiler là les thèses de Rousseau, Otto Gross les réactualisant pour dessiner assez étrangement les contours d’un âge d’or de l’humanité, situé dans la préhistoire humaine et les vertus d’une sorte de communisme primitif, le conflit intérieur, propre à chacun, s’énonçant finalement comme celui entre l’inné et l’acquis…

Cela dit et malgré cette réserve, on lui doit de superbes pages sur le sens de l’éducation à offrir aux enfants : "L’amour doit être prodigué à l’enfant absolument sans condition et sans aucun lien, même en apparence, avec une exigence de quelque ordre qu’elle soit, comme une pure approbation de l’individualité pour elle-même dans toute son originalité naissante". --joël jégouzo--.

 

Psychanalyse et révolution, Otto Gross, traduit de l’allemand par Jeanne Etoré, préface de Jacques Le Rider, éd. du Sandre, août 2011, 230 pages, 22 euros, ean : 978-2-35821-061-4.

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Vendredi 16 décembre 2011 5 16 /12 /Déc /2011 05:45

cyrulnik.jpgEtrange échange entre Boris Cyrulnik et Michel Onfray, dans une langue si peu académique. Le ton est léger, presque badin, à micro ouvert devant une salle conquise. Rien de châtié, un témoignage enjambant l’autre, Boris Cyrulnik racontant son entrée en psychanalyse, distillant des souvenirs parfois truculents, les aventures de la psychanalyse en France, à l’époque où elle cherchait à s’inscrire comme discipline plutôt que mouvement, peut-être à tort, songe Cyrulnik. Un Cyrulnik défendant tout de même au plus près de son vécu la psychanalyse, même si elle ne peut se targuer d’être une science, et Freud dans la foulée, malgré ses errements. Les sciences ne démarrent-elles pas toujours dans l’incertitude et dans la tricherie ? On arrondit les angles, on arrange, on exclue des publications ce qui gêne la démonstration… Cyrulnik se fait volontiers taquin à dévoiler les origines éthologiques de la psychanalyse, avant de parcourir avec malice la bibliothèque de Freud, pleine d’ouvrages philosophiques, Schopenhauer à l’évidence, annoté, Freud récupérant le concept d’inconscient de ses lectures, et quand même bien ? Un Cyrulnik décrivant l’histoire de la psychanalyse comme celle d’une passion dont ses acteurs ne se seraient jamais lassés. Ni son public, dès le départ au demeurant, Freud connaissant un succès immédiat et bâtissant ensuite la légende de l’adversité.

Au terme de l’échange, il reste les interventions passionnées de Cyrulnik, livrant presque ici une sorte d’autobiographie parlée. Un Cyrulnik moqueur des dérives que la psychanalyse aura connu, mais soucieux d’en affirmer l’efficacité. Ne serait-elle qu’un mythe, cela suffirait affirme-t-il : elle est à notre mesure et soigne, même si l’on ne sait pas comment. La cure ? une aventure. Une foi si l’on veut à l’entendre, une croyance peut-être, mais on peut guérir d’une dépression. Un changement de représentation de soi peut s’opérer dans cette élaboration qui s’organise lentement autour du tiers analysant. Et qu’importe que ce travail de la cure ne concerne que de très loin celui de la théorie. Elle soigne, rétorque Michel Onfray, à la manière d’un ex-voto confié à quelque chapelle obscure. Mais peut-être moins, croit-on percevoir dans ce discours, que ne le faisait la philosophie de l’Antiquité grecque, que Michel Onfray, dangereusement, définit comme une thérapie. Parce qu’elle produit un discours sur le monde et sur l’homme, et que ce discours peut déclencher de vraie crise de représentation, il ouvre au possible de la conversion. Mais une étrange conversion dans son propos, qui fonde la vie philosophique sur la droiture morale construite en point de fuite à la vision philosophique… "La philosophie n’est pas faite pour les philosophes, elle est faite pour les gens qui veulent construire une existence, qui veulent une existence droite"… (souligné par moi). Quid alors des cyniques grecs, qui se seraient faits  volontiers plus chiens encore à l’attendu de ce discours ? Quid de l’école de Platon, si élitiste et si rétive à ce partage du sens philosophique ? Que notre culture ait besoin de psychanalyse, voilà qui nous mettra d’accord avec Cyrulnik. Parce que les lieux où l’on ne sait plus parler, où l’on parle avec difficulté, ceux de la famille en particulier, ont ouvert une béance dans notre relation à nous-même. Et qu’importe, conclue cyrulnik, si une partie de la psychanalyse peut devenir scientifique, alors qu’une autre n’a pas besoin de science pour fonctionner : " c’est avec des récitations partagées qu’on fait de la culture ", la psychanalyse en est l'écho.  --joël jégouzo--.

 

CYRULNIK - ONFRAY / DEFENSE ET CRITIQUE DE LA PSYCHANALYSE, BORIS CYRULNIK - MICHEL ONFRAY, Direction artistique : Lola Caul-Futy Frémeaux, Label : FREMEAUX & ASSOCIES, 2 CD-rom.

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Jeudi 15 décembre 2011 4 15 /12 /Déc /2011 05:20

freud-ferry.jpgC’est sous l’angle de la conception que Freud se fait de la condition humaine et non sous celui de l’étiologie des maladies mentale, que Luc ferry entreprend de comprendre et d’expliquer l’œuvre de Freud. Approche de philosophe donc, contournant les difficultés d’un affrontement à la validité scientifique de l’œuvre, tout comme renonçant à chercher dans l’auteur les raisons de sa démarche. Raisons judicieusement écartées, à l’inverse de Michel Onfray, publié par le même éditeur (Frémeaux), qui s’était ingénié à passer par la biographie pour expliquer l’œuvre, construisant une lecture généalogique souvent douteuse. Car après tout, que Freud ait couché avec sa belle-sœur ne nous dit rien du fond de sa pensée…

Au demeurant, la méthode généalogiste, comme le rappelle intelligemment Luc ferry, n’a jamais réussi à démontrer quoi que ce soit : prétendant bâtir sa légitimité de ce que tout discours ne soit qu’un masque, elle n’est à tout prendre qu’un masque supplémentaire ajouté à ceux qu’elle validait.

Luc Ferry donc, au rebours de Michel Onfray, ne mâche pas ses compliments à l’égard de Freud. Il voit même dans son Introduction à la Psychanalyse un chef-d’œuvre de profondeur philosophique et de pédagogie scientifique.

Dans ce chef-d’œuvre, c’est moins la théorie de l’inconscient dynamique qui le retient, partagée en effet par nombre de contemporains de Freud et devancée par non moins autant de penseurs avant lui, que sa construction des trois instances de la personnalité humaine, à son sens vraie description de notre condition, tragique par excellence dans les convictions de Freud. Au passage, Ferry égratigne encore Onfray en récusant ses réductions de la libido freudienne à la génitalité, le coup de génie de Freud ayant été de décrire la libido dans son développement temporel, ici étonnamment expliqué à travers la métaphore de la migration des peuples : tout au long de son périple, un peuple en migration ne laisse pas que de s’égarer même s’il se reprend continuellement, et en chemin, d’abandonner sur le bord de sa route comme des points de fixation (le stade oral, le stade anal, etc. …) auxquels une partie de la libido va se corréler et vers lesquels le sujet, à l’occasion de l’une ou l’autre des difficultés qu’il pourra rencontrer dans sa vie, s’il ne peut la surmonter, reviendra se fixer, comme dans une régression vers un lieu connu, jouissif, où vivre l’illusion d’un plaisir protecteur.

freud.jpgPhilosophe, Luc Ferry relève aussi le défi de penser le sens du vrai en psychanalyse, argumentant ici son approche en l’appuyant sur les deux fondements métaphysiques de la notion de vérité, pour conclure que la psychanalyse si, à l’évidence, ne peut être considérée comme une science exacte, n’en est pas pour autant une métaphysique. Elle ne l’est pas au sens où, par exemple, la vérité se conçoit dans la métaphysique comme adéquation entre la chose et le jugement, bien que l’on puisse déduire de l’autre sens dévolu par la métaphysique à la notion de vérité comme a-léthéia, dans laquelle la dimension du temps entre avec force, un horizon où articuler la question du vrai en psychanalyse : la temporalité de l’analyse induit en effet l’idée d’une part qu’il ne peut y avoir de dévoilement sans la venue en présence du temps et que d’autre part, et parce qu’il ne peut y avoir de savoir absolu, l’analyste n’est pas placé dans la situation de révéler une vérité quelconque sur l’être, mais de placer une interprétation révélante. L’être n’étant pas un prédicat du concept, et parce que nous ne serons jamais dans la parfaite adéquation avec nous-même, aucun discours ne pouvant se clore dans un discours achevé, le tirer au clair de la cure ne peut fonctionner que comme une entrée en analyse, au creux de laquelle la guérison ne peut être perçue que comme un idéal régulateur.

Balayant enfin la fortune de la psychanalyse après Freud, balayage largement consacré au décryptage des discours de Lacan, Luc Ferry revient heureusement aux différences qui fondent les écarts entre le discours de la psychanalyse et celui de la philosophie. La philosophie grecque tentait de prendre soin de l’âme, non des âmes en particulier. Un soin articulé à celui de la pensée, du jugement. Un soin tentant de fonder une réflexion sur le sens et les dimensions de la Vie Bonne, mais à la différence de la psychanalyse, un soin qui n’était pas consacré aux âmes, en ce sens que la psychanalyse, elle, lutte contre des angoisses pathologiques qui naissent de conflits psychiques. Et si les philosophes semblent eux aussi s’occuper de certaines de nos angoisses, c’est exclusivement dans leur dimension métaphysique, comme dans la question de la finitude de l’existence humaine. Une angoisse, certes, mais qui n’est en rien pathologique, même si elle peut s’actualiser dans une angoisse psychologique. --joël jégouzo--.

 

  

SIGMUND FREUD, UN COURS PARTICULIER DE LUC FERRY, LA PENSÉE PHILOSOPHIQUE EXPLIQUÉE, LUC FERRY, Direction artistique : CLAUDE COLOMBINI FREMEAUX, Label : FREMEAUX & ASSOCIES, 3 CD

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