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7 avril 2022 4 07 /04 /avril /2022 12:02

« Quelle est la pire chose que tu aies vue ? »... Voir... Il s'agissait d'être attentif et de regarder défiler les images, les vidéos. Les vidéos du net : Kayleigh travaille comme modératrice chargée d'évaluer les contenus signalés pour un géant d'internet. On devine Facebook, Instagram, Twitter... Comme tant d'autres, elle travaille littéralement à la chaîne pour un salaire de misère : pointeuse à l'entrée et pauses pipi décomptées du temps de travail... Soumis en outre à un score journalier : l'objectif est de faire en sorte que ses évaluations suscitent le moins de réactions négatives possibles. Pourtant, à tout prendre, Kayleigh pense que c'est presque mieux que son ancien boulot, quand elle bossait pour une plateforme d'appels à se faire insulter toute la journée...

Kayleigh a vu donc. Des ados s'ouvrir les veines, des nazis vanter Hitler, des hommes tabasser leur chien, leur femme, leurs gosses et publier leurs exploits sur internet. Autour d'elle, le peu d'amis que son travail lui laisse, veut savoir. Qu'a-t-elle vu ? Pour tenter de voir chacun à son tour l'horreur du monde dans lequel nous vivons et d'en jouir, non pour se porter au chevet de ce monde... Petit à petit, le monde révèle sa nature cauchemardesque. Et les directives de la plateforme pour évaluer ses contenus ne sont pas en reste. Sadisme ou pédagogie ? Ce contenu peut-il rester en ligne ? Qu'on ne se méprenne pas : ces directives sont claires quant à leur finalité, car ce n'est pas l'éthique qui est en jeu, mais le bénéfice commercial. La défenestration d'un chat par exemple n'est pas permise, qui révulserait les internautes. En revanche, écrire « Tous les terroristes sont musulmans » peut l'être, les terroristes n'appartenant pas à une catégorie protégée et le terme de « musulman » n'étant pas employé dans cette phrase, prétend le commanditaire, comme un terme offensant... Ou bien encore on a le droit de souhaiter la mort d'un pédophile, mais pas d'un homme politique.

A force de visionnage, Kayleigh a fini par voir sa vie partir en lambeaux, les yeux rivés sur ses scores et soumis à l'interdiction de porter secours aux personnes en détresse.

Le récit, désabusé, s'adresse à un responsable de la plateforme. Kayleigh raconte ses quelques mois d'exposition permanente à des images choquantes, sa vie détruite, le sentiment amoureux qui n'y survit pas, tout comme sa foi en l'humain. Et elle finira par... Non, découvrez-le !

 

Hanna Bervoets, Les choses que nous avons vues, éditions Le bruit du monde, traduit du néerlandais par Noëlle Michel, janvier 2022, 148 pages, 16 euros, ean : 9782493206039.

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