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16 mars 2021 2 16 /03 /mars /2021 09:37

L’Islande l’hiver : la neige, le grand froid, la nuit presque toute la journée… Erla, juste avant Noël 1987, vit dans une ferme loin de tout -il n’y a guère qu’une seule grande route en Islande, qui fait le tour de l’île, quelques tronçons goudronnés et pour le reste, des sentiers caillouteux, des ravines, des guets à traverser. Erla vit donc à l’écart de l’écart qu’est déjà l’Islande, avec son époux et leur fille, dans un vrai dénuement congelé. Tenir bon, leur seul vrai horizon. On découvre l’année suivante Hulda, inspectrice, qui se débat avec sa fille Dimma, 13 ans, en dépression, et qui enquête sur la disparition d’une jeune fille. Longtemps après ce prologue, un soir à la veille de fêtes de Noël, un homme frappe en pleine tourmente à la porte de la maison d’Erla et d’Einard. Un étranger, perdu dans la tempête, qui voudrait téléphoner, se réfugier chez eux. Mais la ligne est coupée et Erla n’a guère envie de l’accueillir. Einard sait, lui, que le laisser dehors sera l’envoyer à la mort. Le récit mêle les intrigues : l’enquête d’Hulda à la recherche d’Unmur : fugue ou suicide ? Ou bien ? Et cet étranger qui fait irruption venu de nulle part, dans la nuit glaciale par -30°… On suit Unmur un moment, qui a fugué, qui veut vivre l’aventure et se fait prendre en stop par un homme au volant d’une BMW blanche. Puis de nouveau Léo -c’est le nom que donne l’étranger à Erla, méfiante, qui demande l’asile. Ses explications sont confuses. Le couple se méfie, Erla tremble, d’autant que l’électricité vient d’être coupée à son tour. Einard insiste pour qu’ils montrent un peu d’humanité et recueillent l’étranger, qu’ils envoient dormir dans une chambre aménagée sous leurs combles, tandis qu’Erla se barricade dans la sienne. Mais dans la nuit, elle l’entend fureter, prendre la peine de marcher sans faire de bruit… Au petit matin, elle se réveille seule dans son lit : Einard a disparu ! La nuit ne se lève pas, l’électricité ne revient pas, le téléphone reste coupé… Anna, leur fille, qui habite la maison voisine et qui devait les rejoindre pour cette veille de fêtes, n’est pas là. Le récit finira dans un bain de sang. Un récit qui ne s’est guère épuisé jusque-là en intrigue sophistiquée et rebondissements pathétiques : le lecteur sait tout, ou presque. Mais c’est dans ce presque que va se loger justement le ressort du genre. Qui n’est au fond peut-être même pas l’essentiel du plaisir que l’on prend à lire ce roman : c’est l’Islande ce plaisir, l’hiver islandais, pesant comme une chape de plomb sur les vies,  la solitude dans laquelle il vous plonge, comme au fond d’un gouffre ou d’un trou noir cosmique où logerait l’infinie nature arctique, qui n’a que faire des hommes et s’enivre d’être si proche déjà des confins. C’est cette atmosphère dépressive, où la démence semble toujours à deux doigt de sourdre partout, celle de l’infime écart où tout bascule, celle du presque rien qui vient à manquer, qui noue l’émotion de vivre, plutôt que de lire, l’échappée belle de la littérature.

 

Ragnar Jonasson, La Dernière Tempête, traduit de l’islandais par Jean-Christophe Salaün, éditons de la Martinière, février 2021, 282 pages, ean : 9782732497082. Lu sur épreuves non corrigées.

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