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11 février 2021 4 11 /02 /février /2021 10:56

Crises climatiques, pandémies à répétition, insécurité alimentaire, écosystèmes détruits, et rien ne se passe, sinon à la marge… Pablo Servigne et Raphaël Stevens ont voulu aller à la racine des problèmes, en convoquant romanciers, essayistes, historiens et autres savants, et en démultipliant les approches, de l’artistique à la militante, en passant par les démarches scientifiques. Utile, certes, ce plein feu sur la collapsologie en particulier. Mais… Les risques sont désormais connus de tous, savez-vous, tangibles, présents, déjà, dans nos vies. Tous, nous savons que nous sommes entrés dans l’ère des catastrophes que nous ne pouvons plus éviter : elles sont là, bien là. A qui la faute ?, feignent de s’interroger nos auteurs. La réponse est pourtant connue depuis Marx, grand lecteur d’Epicure, qui, très tôt dans son œuvre pointa et le souci de la nature, et l’inconséquence capitaliste, fermement tournée vers la destruction de cette nature. Nature que Marx évoquait dans les termes d’un «grand corps non organique de l’homme», observant que «chaque consolidation capitaliste en agriculture se soldait non seulement par un perfectionnement dans l’art d’exploiter le travailleur, mais aussi dans celui de dépouiller le sol». «On peut accroître le rendement de la fertilité d’un sol pour un temps, ajoutait-il encore, mais c’est au  prix de la ruine de ses sources durables de fertilité».

Alors certes, il est bon d’en reprendre l’analyse, de la peaufiner tout autant que de l’élargir, à la voix romanesque par exemple. Certes, il est bon de rappeler le consensus de Washington qui vit s’épanouir la dimension la plus ravageuse du capitalisme : le néolibéralisme. Mais pour en faire quoi ? Pour donner une fois de plus corps aux réponses d’invités «autorisés» ? «Célèbres» ? De Damasio à Nancy Huston, romanciers et savants sont convoqués. Est-ce vraiment la bonne démarche ? Depuis le Club de Rome, c’est en tout cas celle des intellectuels, qui ont confisqué toute parole sur ce sujet, pour continuer de tourner en rond. Certes, cette convocation des discours autorisés a pu, dans le passé, montrer quelque utilité : il s’agissait d’agiter les consciences. Mais aujourd’hui, encore une fois, cette conscience est là, majoritaire. Nous avons donc besoin d’autre chose que cette verticalité obligeante des élites. Un modèle que certains au demeurant, dans ce même ouvrage, dénoncent non sans en abuser eux-mêmes… Nous n’avons plus besoin de ce genre d’ouvrages paternalistes, nous n’avons plus besoin de ces vérités qui tombent d’en-haut, pour «conscientiser» le bon peuple abruti : nous n’en sommes plus là. Passons donc à autre chose : une enquête par exemple, immense, généralisée, de celle de La Misère du monde initiée en son temps par Bourdieu, capable de prendre à bras le corps les problèmes sociaux dans l’expression des voix opprimées. Pas ce travail éditorial paresseux, qui ne rime plus à rien ni n’avance à rien. Nous sommes tous «autorisés» à prendre part à la révolte qui devra se faire jour pour sortir de ce pétrin dans lequel les «élites» ont tenté de nous engourdir... Nous sommes tous l’autorité intellectuelle qui surplombe l’objet paresseux de votre étude lacunaire. Nous sommes le nombre et la justice, rien moins, les seules voix autorisées en fin de compte.

 

Aux origines de la catastrophe (écologique) – Pourquoi en sommes-nous arrivés là ?, sous la direction de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, édition LLL – Imagine, novembre 2020, 17 euros, ean : 9781020908346.

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