Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
9 novembre 2020 1 09 /11 /novembre /2020 10:20

Quelque chose s'est brisé en France. Trop de mensonges, trop de mépris, trop de déni. «La France est dans le déni d'elle-même», affirme Raoul Peck. Naguère pays des Droits de l'Homme, épinglée par la Cour européenne à de multiples reprises pour ses manquements à ces mêmes droits, elle n'est plus rien. Et certainement plus une terre de liberté. Ou de pensée. Elle n'est plus qu'un leurre, où «l'entretien de ce mirage commence à coûter cher à tout le monde». En vies humaines déjà. En poids de chairs mutilées, de vies brisées. Car la France est devenue un pays policier. Autoritaire. Raciste. Avec cette nuance terrifiante que toutes ces dérives viennent de la «France d'en haut». Celle d'un personnel politique le doigt sur la couture, habité par des commerciaux aux ordres des barons de la finance. Des créatures qui n'ont «pour seule mission que de rassurer les bonnes gens de première et deuxième classes inquiets de la marche du Titanic, quant au fait qu'ils maîtrisent bien la troisième classe». Celle qui se révolte. Celle qui voit, au loin, l'iceberg qui approche. Là-haut, la seule affaire qui compte, c'est de dépouiller ce qu'il reste d'humanité au navire France. Et ce qu'il reste de richesses. Raoul Peck sait de quoi il parle, lui qui a occupé des fonctions déterminantes au cœur de la culture française. Il décrypte ces mécanismes d'accaparement. De pillage. Et leur corollaire : le racisme. Le racisme, il l'a vu croître. Une histoire bien orchestrée. Une histoire capitaliste : celle de la destruction de toute vie sur la planète. Qu'il s'agisse de celle de la nature ou de celle des êtres humains, la vie n'est plus dans le récit capitaliste qu'une ligne comptable. En France, ce récit a pris une ampleur inimaginable. Et s'est accompagné de la mise en place d'un dispositif étatique pour étouffer toute vérité. On voit ce dispositif à l'œuvre en ces temps de pandémie : le coronavirus, nous dit Raoul Peck, n'a fait que rendre visible le dispositif étatique français pour étouffer la vérité. Que faire ? Convoquant James Baldwin, avec lui Raoul Peck nous intime : «Il nous faut agir maintenant comme si tout dépendait de chacun d'entre nous». Pas demain : aujourd'hui. Maintenant. Que chaque citoyen se charge de ces questions, comme le firent en leur temps les Gilets Jaunes sur leur Rond Point.

Raoul Peck, J'étouffe, Denoël, août 2020, 40 pages, 5 euros, ean : 9782207162385.

Partager cet article

Repost0

commentaires