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6 octobre 2020 2 06 /10 /octobre /2020 09:12

Colson Whitehead continue d’explorer la condition noire américaine. On se rappelle son ahurissant Underground railroad, histoire de la terreur blanche, avec partout en filigrane, l’écho d’une Déclaration d’indépendance qui ne fut que la déclamation hypocrite d’une liberté qui n’existait pas. Avec Nickel Boys, Colson Whitehead se rapproche de nous, qui découvrons soudain l’existence d’un charnier : 43 corps d’enfants et d’adolescents noirs, ligotés, jetés dans des sacs, près d’une institution de redressement sinistre : Nickel, en Floride. L’occasion pour les anciens de Nickel de renouer entre eux et de se remémorer l’enfer de cette école disciplinaire dans laquelle les blancs les avaient enfermés pour des peccadilles : vagabondages, vols à la tire ou de voiture. Voire simple présomption. Nickel, «des êtres toujours à deux doigts de disparaître». Les anciens serrent les rangs. Songent à Elwood, contactés : le sous-directeur de l’établissement vit toujours, tranquille, Elwood le laissera-t-il impuni ? Tant d’exactions, de viols de gamins, de tortures, d’assassinats odieux de ces enfants sans défense. A côté du charnier «officiel», on découvre un cimetière clandestin. Elwood, vieille figure de Nickel, ne va-t-il pas se bouger ? Elwood. C’est toute sa vie qui nous est contée alors. Depuis son plus beau cadeau alors qu’il était un élève brillant mais pauvre, en 1962 : les enregistrements des discours de Martin Luther King qu’il se passait en boucle sur un vieux gramophone. Elwood se rappelle : ces enregistrements lui offrirent un langage dans lequel exister. Quand il les écoutait, il se sentait enfin proche de lui-même. Réconcilié. Humain. Jusqu’à Nickel, où on le jeta parce qu’il était assis à côté d’un petit voleur de voiture. Nickel et son premier passage à tabac, dans la salle des raclées. Nickel et les sévices sexuels qu’y subissaient les jeunes enfants. Spencer, le surveillant sadique. Et son vieux pote à lui, Elwood : Tuner. Tuner, Griff, Jaimie, c’est une galerie de portraits attachants que fait vivre Colson Whitehead avec un talent sans pareil. Le livre est à couper le souffle. On est en 1988, à New York, Elwood raconte. Les derniers chapitres sont hallucinants, de profondeur d’esprit, d’humilité, ouvrant au tragique de la condition humaine sur un retournement qui laisse pantois, qu'on ne peut qu'intérioriser, scruter comme nôtre. Un très très grand roman, écrit dans une langue simple, modeste pourrait-on dire, tout entière au service de la fiction qu’elle déploie, dont la force est suffisante pour nous entraîner au plus profond de nous-même.

Colson Whitehead, Nickel Boys, Albin Michel, traduit de l’américain par Charles Recoursé, août 2020, 260 pages, 19.90 euros, ean : 9782226443038.

Underground Railroad :

http://www.joel-jegouzo.com/2017/12/underground-railroad-colson-whitehead.html

 

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commentaires

Belle de Nuit 07/10/2020 18:33

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joël jégouzo 08/10/2020 08:31

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