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8 octobre 2020 4 08 /10 /octobre /2020 08:18

On l’a appelé Tank Man. Qui était-il ? Qu’est-il devenu ? Tout le monde se rappelle cette image forte, tant l’inconnu de la Place Tian’Anmen aura incarné une époque. 15 avril 1989, une foule d’étudiants envahit la Place. Parmi eux, nombre de jeunes intellectuels et d’enfants des cadres du Parti, qui hésite du coup, à réprimer le mouvement. Le 4 juin pourtant, l’armée intervient. Pas la police : l’armée. L’opération est militaire. Il y a donc des morts. Une tuerie en fait, une vraie boucherie. Aujourd’hui encore, le bilan est incertain, impossible à dresser. On parle de milliers de morts. Les chinois appelle l’événement «6-4» : 6ème mois du 4ème jour de l’année du coq.

Le récit est mené par un personnage féminin, émigré en Australie, qui revient aujourd’hui sur les lieux de ce crime. Elle rencontre Sheng, compagnon de route de Mao. L’ombre jaune, de ceux qui ont combattu avant 1949. Un «immortel», à l’agonie cependant. C’est lui qui l’a convoquée, pour évoquer son fils, Han. Elle raconte à son tour : elle était étudiante en fac de chimie. Les étudiants ont tenu la place deux mois durant. Débordant largement, infiltrant quartier par quartier Pékin. Il fallait les arrêter, affirme Sheng, qui avoue 10 000 morts, dont son propre fils. Pour les démoraliser, l’armée a d’abord envoyé des snipers. Jour après jour, leurs ordres étaient de tuer, de faire des cartons pour désenchanter les jeunes. Malgré cela, l’entêtement de cette jeunesse menaçait. Le Pouvoir pouvait vaciller, déjà un régiment parlait de rallier la contestation estudiantine. Son chef fut exécuté, ses hommes exilés. Alors commença la chasse aux journalistes, aux photos reportages amateurs. Pas une image ne devait franchir le seuil de la Place. On envoya les paras aux abords de la Place, dans les quartiers alentours. Petit à petit, l’armée a réussi à contenir les étudiants sur la place, en une nasse géante. Puis on envoya les chars. C’est Han, son fils, qui arrêta la colonne. Les paras qui accompagnaient les chars avaient carte blanche. Tuer. Tuer pour terroriser. Au départ, on voulait épargner les «têtes de serpent» : les fils et filles des dignitaires du Parti. Mais très vite ce fut impossible. Le jour du grand massacre, les paras avaient pris place dans les souterrains du métro, pour déboucher comme un seul homme sur la Place par toutes les sorties possibles, bouches de métro, bouches d’aération. Han ? Des  policiers en civil l’ont fait descendre du char sur lequel il avait réussi à monter et l’ont embarqué. Mais il a réussi à fuir, s’est réfugié dans le Xin Jiang, puis à Pékin, avant d’émigrer à Hong-Kong. Ahurissant. Magistral. Ce tome est littéralement sidérant.

L’homme de l’année 1989 – L’inconnu de la Place Tian’Anmen, Pécau, Gin, Scarlett, Delcourt , 1er trimestre 2020, ean : 9782413011255.

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